Le monde taurin arlésien a perdu l’une de ses figures les plus respectées. Serge Louis est mort le vendredi 30 octobre 2026, à l’âge de 89 ans. Déjà affaibli par un cancer, il avait été renversé par une voiture quelques jours plus tôt. La Ville d’Arles a rendu hommage, en ce début de novembre, à celui qui a présidé le Comité de la Feria pendant près d’un demi-siècle et qui siégeait encore parmi les membres les plus écoutés de la Commission taurine extra-municipale.
Ayant grandi à deux pas des arènes, Serge Louis a passé toute sa vie dans l’ombre de l’amphithéâtre romain qui fait la renommée de la cité camarguaise. Ce monument antique, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, accueille depuis plus d’un siècle et demi les corridas et les courses camarguaises qui rythment le calendrier arlésien. C’est dans cette proximité quotidienne avec les gradins et la piste que s’est forgée sa passion, puis une connaissance de la tauromachie que beaucoup, à Arles, qualifiaient d’encyclopédique.
De 1974 à 2022, il a présidé le Comité de la Feria, l’association qui anime les rues de la ville pendant les deux grands rendez-vous taurins de l’année, la Feria de Pâques au printemps et la Feria du Riz en septembre. Si les arènes concentrent les regards pendant ces journées, la fête se joue aussi dans les quartiers, sur les places et le long des boulevards, où bodegas, bandas et animations traditionnelles attirent des dizaines de milliers de visiteurs. C’est ce versant populaire de la feria que Serge Louis a façonné pendant quarante-huit ans.
Sous sa présidence, le comité a notamment porté l’installation d’arènes portatives, ces structures démontables qui permettent d’organiser des courses et des jeux taurins au cœur de la ville, au plus près du public. Il a aussi été à l’origine de la création d’un toro de fuego arlésien, cette silhouette de taureau garnie de feux d’artifice que l’on promène dans les rues à la nuit tombée, héritage des fêtes espagnoles adapté à l’ambiance provençale. Deux initiatives qui ont durablement marqué la physionomie des ferias et qui perdurent aujourd’hui.
Au-delà de l’organisation des festivités, Serge Louis était reconnu pour sa rigueur lorsqu’il présidait les corridas. Dans une arène, le président de la course est celui qui ordonne les différentes phases du combat et accorde ou refuse les trophées aux matadors. Les aficionados arlésiens se souviennent de sa justesse dans ce rôle exigeant, qui demande à la fois une connaissance intime des règles et un sang-froid à toute épreuve face aux réactions du public.
Les témoignages recueillis par la Ville disent l’ampleur du vide laissé. Alain Welsch, vice-président du Comité de la Feria, confie avoir perdu un grand président et un grand homme qui lui a tout appris. Jean-Baptiste Jalabert, actuel directeur des arènes, rappelle que Serge Louis avait été très proche de son père et de son oncle, qui faisaient régulièrement appel à son immense savoir lorsqu’ils dirigeaient l’amphithéâtre. Il le décrit comme le conseiller, le sage et le pilier de la Commission taurine, celui que l’on regardait et que l’on écoutait.
Cette commission, dont il était l’un des membres éminents, réunit autour de la municipalité des représentants de l’aficion pour donner un avis sur la programmation taurine et sur la vie des arènes. Elle incarne le lien particulier qui unit Arles à sa tradition tauromachique, une tradition que la ville défend comme un élément de son identité culturelle. Le maire Patrick de Carolis a salué une figure de l’aficion arlésienne qui a mis sa passion au service de sa ville pendant plus d’un demi-siècle, à travers le Comité de la Feria mais aussi la Commission taurine. Selon lui, Serge Louis laisse une empreinte indélébile dans les pierres des arènes.
Ses obsèques ont été célébrées le vendredi 6 novembre, à 14 heures, au cimetière des Neuf Collines. Pour ceux qui l’ont côtoyé, l’expression d’une sortie par la grande porte, celle réservée aux triomphateurs dans la tradition des arènes, résume le sentiment partagé en cette fin d’octobre 2026.
Avec la disparition de Serge Louis, Arles perd une mémoire vivante de ses ferias et un passeur de culture. Les prochaines fêtes de Pâques se dérouleront sans lui, mais les arènes portatives dressées dans les rues et le toro de fuego qui illuminera la nuit arlésienne continueront de porter, saison après saison, la marque de l’homme qui les a imaginés.

