À Fresnes, la semaine du 11 Novembre n’a rien perdu de sa gravité. Le mercredi 11 novembre, la commune commémore le 108e anniversaire de l’armistice de 1918, celui qui, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois, fit taire les canons de la Grande Guerre. Signé au petit matin dans une clairière de la forêt de Compiègne, le cessez-le-feu mettait un terme à plus de quatre années d’un conflit qui avait saigné les campagnes et vidé les villages de leurs hommes. Plus d’un siècle plus tard, le rendez-vous fresnois garde la même raison d’être : honorer ceux qui sont partis au front et n’en sont jamais revenus.
Cette année, le recueillement se tiendra au cœur du cimetière communal. Dès 10 h 15, habitants, élus, anciens combattants et porte-drapeaux se retrouveront rue de la Butte, au pied des sépultures, pour la cérémonie commémorative et le traditionnel dépôt de gerbes. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : c’est là, parmi les tombes, que la mémoire se fait la plus concrète, loin des grands discours et tout près des noms gravés dans la pierre. Le maire, Christophe Carlier, et son adjoint chargé des cérémonies patriotiques, Christophe Aubert, y convient l’ensemble des Fresnois, sans inscription : il suffit de se joindre au cortège. La matinée se prolongera à 11h par un vin d’honneur offert à l’hôtel de ville, place Pierre et Marie Curie. Le temps de quelques mots échangés, le silence du cimetière laissera place à la chaleur d’un hall municipal.
Car la date, depuis 2012, ne célèbre plus seulement les poilus de 14-18. Le 11 Novembre est devenu la journée nationale d’hommage à tous les « morts pour la France », quels que soient la guerre et l’uniforme. Au cimetière fresnois, c’est donc une mémoire élargie que l’on honore : celle des tranchées, mais aussi de la Seconde Guerre mondiale, des conflits de la décolonisation et des opérations extérieures les plus récentes. Devant les gerbes, les générations se mêlent, reliées par un même refus de l’oubli, et chaque enfant présent emporte, sans toujours le savoir, un peu de cette histoire qu’aucun écran ne remplacera tout à fait.
La ville n’a pourtant pas attendu le 11 pour animer ce début de mois. Le samedi 7 novembre, le théâtre de la Grange Dîmière accueillera un spectacle d’un tout autre registre : « Rien ? », de la compagnie Monsieur K. À 17h, petits et grands, dès 7 ans, sont invités à suivre cette fable qui prend l’ennui au sérieux – non pas comme un vide à fuir, mais comme le point de départ de l’imagination et de la création. La représentation sera suivie, pour les 7-11 ans, d’un goûter philo gratuit consacré, justement, à cet ennui que l’on chasse trop souvent. L’inscription y est obligatoire et les places limitées, de quoi réserver sans trop tarder.
Spectacle de l’après-midi d’un côté, recueillement du matin de l’autre : à quelques jours d’intervalle, Fresnes montre les deux visages d’une vie locale qui sait, sans se contredire, alterner le rire des enfants et le silence devant les tombes. Car se souvenir n’a jamais voulu dire s’arrêter de vivre – c’est même, au fond, ce que les disparus de 1918 auraient souhaité pour la ville qu’ils ont laissée derrière eux : qu’on y rie encore, qu’on y joue encore, qu’on y grandisse en paix. La mémoire, à Fresnes, se transmet autant par la gerbe du matin que par le théâtre de l’après-midi.
Fresnes : une gerbe au milieu des tombes
Par Gilbert Caron
Publié le 7 novembre 2026 à 09h17 – Temps de lecture : 4 minutes
