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Conciergerie : des vagues sous les voûtes

Par Assia Bedja
Publié le 3 novembre 2026 à 13h39 – Temps de lecture : 4 minutes

Au cœur de l’île de la Cité, dans le 1er arrondissement, la Conciergerie n’en finit pas de surprendre. Ancien palais des rois de France, prison de la Révolution où Marie-Antoinette passa ses dernières semaines, le monument accueille depuis le 4 novembre une œuvre pour le moins inattendue : « La naissance des vagues », une installation signée Émilie Faïf et Nicolas André, à découvrir jusqu’au 20 décembre 2026. En pleine semaine de l’Armistice, quand la ville retient son souffle, elle ouvre une parenthèse contemplative, suspendue entre la pierre médiévale et le mouvement de l’eau. Vestige du plus ancien palais des rois de France, le bâtiment conjugue depuis toujours la gravité de son passé et l’audace de ses propositions.
Présentée comme une installation hors norme, l’œuvre tient du « fragment de poésie mécanique » accroché aux voûtes médiévales du monument. Une multitude de fils et de balanciers l’animent sans relâche. De cette mécanique volontairement rudimentaire, cousine du mobile, naît un paysage mouvant : le flux de l’eau s’y transforme en une construction géométrique qui ne cesse de se recomposer. Les deux créateurs ont cherché à capter le mouvement hypnotique et toujours changeant de l’eau, en écho à la Seine qui coule à quelques pas, de l’autre côté des murs. Le visiteur n’a plus qu’à lever les yeux et à se laisser prendre au jeu lent de ce ballet suspendu. À mesure que l’on avance, l’eau semble sourdre de la pierre, et la vieille salle paraît tout entière se mettre à respirer.
Derrière le projet, un duo aux regards complémentaires. Émilie Faïf est plasticienne : son travail croise la sculpture, l’installation et les dispositifs participatifs. Nicolas André, lui, est architecte, cofondateur de l’agence LANAA et enseignant ; il œuvre à la réhabilitation du bâti, à l’aménagement intérieur et à la scénographie. De leur dialogue naît cette rencontre entre art contemporain et patrimoine, qui n’a rien d’exceptionnel dans ces murs : la Conciergerie cultive de longue date l’accueil de la création d’aujourd’hui sous ses plafonds anciens, comme pour mieux réveiller la vieille demeure capétienne. Depuis plusieurs années, le monument alterne ainsi expositions historiques et commandes passées à des artistes, convaincu qu’un lieu de mémoire se visite aussi au présent.
L’installation s’accompagne d’une programmation nourrie, particulièrement dense durant la semaine de parution. Les amateurs de savoir-faire anciens pourront s’initier, le samedi 7 novembre de 15h à 16 h 30, à la reliure, puis le dimanche 8 novembre à l’enluminure et à la dorure : deux ateliers du cycle des arts du livre qui font écho à l’histoire du lieu. Le mardi 10 novembre, de 19h à 19 h 45, le spectacle « Des ondes sur les vagues » mettra l’œuvre en musique et en mouvement, le temps d’une courte représentation. Les familles, elles, pourront pousser la porte le samedi 14 novembre, de 14 h 15 à 15 h 45, pour l’atelier « Un souffle sur les vagues ».
Côté pratique, la Conciergerie ouvre tous les jours de 9 h 30 à 18h, avec une nocturne le mardi jusqu’à 20h, le dernier accès étant fixé à 19 h 30. L’entrée revient à 13 € pour un adulte ; elle est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les 18-25 ans ressortissants de l’Union européenne. La réservation s’effectue en ligne, sur la billetterie des monuments nationaux. Mieux vaut ne pas trop tarder, car la fréquentation grimpe vite dès que tombe la nuit et que les voûtes s’éclairent.
Car cette parenthèse poétique a aussi valeur d’adieu provisoire. L’œuvre est présentée juste avant le lancement, à partir de 2027, de grands travaux dans les salles médiévales du palais de la Cité. Pendant quelques semaines encore, les visiteurs peuvent donc arpenter ces espaces tels qu’ils sont, bercés par un bruissement de fils et de balanciers, avant que les échafaudages ne referment la parenthèse pour de longs mois.