L’application France Identité a franchi le seuil des cinq millions d’utilisateurs, a annoncé le ministère de l’Intérieur ce vendredi 2 octobre. Ouverte au grand public en février 2024, cette application publique permet de disposer sur son smartphone d’une version numérique de sa carte d’identité et de plusieurs titres officiels. En un peu plus de deux ans et demi, elle s’est ainsi installée parmi les outils numériques de l’administration les plus utilisés par les Français.
Le principe repose sur la nouvelle carte nationale d’identité au format carte bancaire, délivrée depuis 2021. Celle-ci intègre une puce que le téléphone lit par contact sans fil. L’utilisateur crée alors son identité numérique, puis peut la faire certifier lors d’un passage en mairie. Cette vérification en face à face lui confère le niveau de garantie le plus élevé prévu par la réglementation européenne. France Identité reste d’ailleurs la seule identité numérique française susceptible d’atteindre ce niveau. Concrètement, elle ouvre l’accès aux démarches en ligne les plus sensibles, comme l’établissement d’une procuration de vote.
Les usages se sont fortement diversifiés. D’abord, près de seize millions de connexions à des services en ligne ont transité par FranceConnect grâce à l’application. Ce bouton d’identification unique permet de se connecter aux sites de l’administration, comme ceux des impôts ou de l’assurance maladie, sans créer de nouveaux identifiants. Par ailleurs, plus de 79 000 procurations de vote ont été établies entièrement en ligne grâce à l’identité numérique certifiée. Plus d’un million de cartes Vitale dématérialisées ont en outre été activées par ce biais.
Les transports constituent un autre terrain d’adoption. Plus d’un million de voyageurs ont déjà présenté France Identité lors d’un contrôle à bord d’un TGV Inoui, d’un Intercités, d’un Ouigo ou d’un TER à réservation, pour justifier à la fois de leur identité et de leur titre de transport. Depuis cet été, la carte d’identité numérique est également acceptée dans les aéroports français, à l’enregistrement des bagages comme à l’embarquement, pour les vols intérieurs.
L’application ne se limite pas à la carte d’identité. En effet, ses utilisateurs ont aussi activé plus d’un million de certificats d’immatriculation numériques, la nouvelle forme de la carte grise. Le permis de conduire figure également parmi les titres accessibles. Ces documents permettent notamment de justifier de son identité et de son droit à conduire lors d’un contrôle routier, sans avoir à présenter les originaux en papier.
La protection des données personnelles occupe une place centrale dans le dispositif. L’application propose ainsi un justificatif d’identité à usage unique. Au lieu d’envoyer la photocopie complète de sa carte, par exemple pour louer un logement ou ouvrir un compte, l’utilisateur ne transmet que les informations strictement nécessaires à la démarche. Ce justificatif limite les risques de réutilisation frauduleuse d’une copie de pièce d’identité, une pratique fréquente dans les usurpations d’identité. Plus d’un million de ces attestations ont déjà été générées depuis le lancement du service.
L’outil s’ouvre aussi aux Français vivant loin de l’Hexagone. Depuis mai 2026, un parcours adapté permet aux Français de l’étranger titulaires de la nouvelle carte d’identité de créer leur identité numérique, puis de la faire vérifier directement en consulat ou en ambassade. Ils n’ont plus besoin de passer par FranceConnect ni d’attendre un courrier. Un dispositif comparable fonctionne en mairie en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna.
Cette ouverture a eu des effets concrets lors des scrutins de 2026. L’identité numérique certifiée a notamment rendu possible un vote entièrement en ligne pour l’élection des conseillers des Français de l’étranger et des délégués consulaires, en mai. Elle a aussi permis d’établir des procurations dématérialisées pour les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie, en juin.
Le développement de France Identité s’inscrit enfin dans un cadre européen. L’application participe au consortium APTITUDE, qui prépare le futur portefeuille européen d’identité numérique. Celui-ci doit permettre à chaque citoyen de l’Union de disposer de justificatifs numériques reconnus dans tous les États membres. Les expérimentations en cours portent en particulier sur les documents de voyage numériques, avec l’objectif de fluidifier l’ensemble du parcours, de l’enregistrement jusqu’au passage des frontières. D’autres usages sont à l’étude, comme la vérification de l’âge en ligne ou en face à face sans communiquer aucune autre donnée personnelle.
Avec cinq millions d’utilisateurs, l’identité numérique publique touche désormais une part significative de la population, même si la majorité des Français continue de recourir à ses titres physiques. Pour les usagers, l’intérêt tient surtout à la simplification des démarches et à une meilleure maîtrise des informations transmises. L’enjeu des prochains mois consistera à étendre ces usages sans fragiliser la sécurité, condition de la confiance dans un outil qui touche à l’identité même des citoyens.

