Dans la lignée de sa stratégie d’électrification, le Gouvernement vient de donner le coup d’envoi de deux initiatives majeures destinées à verdir le tissu industriel national : le second « Appel d’Offres Grands projets industriels de décarbonation » (AO GPID) et une nouvelle session de l’appel à projets « Decarb IND ». Cette double relance poursuit un triple impératif stratégique pour l’économie française : sabrer de 30 % les émissions de gaz à effet de serre du secteur industriel d’ici la fin de la décennie, consolider la compétitivité des entreprises sur la scène internationale et affranchir définitivement les usines de leur dépendance aux énergies fossiles importées.
L’AO GPID se positionne comme le bras armé de l’État pour transformer les infrastructures industrielles les plus lourdes et les plus polluantes. En s’appuyant sur un mécanisme de mise en concurrence, ce dispositif octroie des subventions directes adossées à des contrats de financement à long terme pour les projets affichant les meilleures performances environnementales. Il cible exclusivement les activités industrielles en place (à l’exception notable des raffineries) soumises au marché européen des quotas d’émission (ETS). Pour y prétendre, les candidats doivent déployer des solutions technologiques matures telles que l’électrification des procédés, l’optimisation de l’efficacité énergétique, la refonte du mix matières et énergétique, ou encore les technologies de captage et de stockage du carbone (CSC) – la filière de l’hydrogène vert par électrolyse bénéficiant pour sa part d’un guichet de soutien distinct. Pour cette seconde édition, le ticket d’entrée est restreint aux entreprises s’étant déjà manifestées lors de l’appel à manifestation d’intérêt organisé à l’été 2025 (du 24 juin au 24 septembre) ou lors de la première vague de l’appel d’offres. Le premier volet de cet AO, clos en mai 2025, avait rencontré un vif succès en enregistrant 19 candidatures pour une demande globale d’aide supérieure à 8 milliards d’euros, permettant d’allouer finalement 1,6 milliard d’euros à 7 lauréats pour un gain de 3,8 millions de tonnes de CO₂ évitées par an, soit près du quart de l’effort national attendu d’ici 2030 dans le cadre de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3).
En complément, le programme « Decarb IND » s’adresse à des projets de décarbonation d’envergure intermédiaire. Il propose une enveloppe de subvention pouvant atteindre jusqu’à 30 millions d’euros par dossier. Pour être éligible, chaque projet doit représenter un investissement d’au moins 3 millions d’euros et garantir une baisse des émissions directes du site d’au minimum 1 000 tonnes de CO₂ par an.
Placés sous la gouvernance opérationnelle de l’Ademe pour le compte de l’État, ces deux leviers financiers s’intègrent pleinement dans les ambitions du plan France 2030 et participent à l’objectif de l’Union européenne de réduire de 55 % ses émissions globales de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990. Au-delà du défi climatique, ces aides visent à bâtir un modèle industriel résilient, protégé des fluctuations imprévisibles des marchés des énergies fossiles et de la fiscalité carbone européenne.
Pour Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ces dispositifs prolongent l’esprit de la loi Industrie verte votée en 2023. Le ministre rappelle le bilan solide de l’initiative « Decarb IND » qui, depuis 2020, a injecté 570 millions d’euros pour soutenir 158 projets de terrain, évitant l’émission de 2,8 millions de tonnes de CO₂ équivalent avec une efficacité remarquable (un coût d’abattement moyen de seulement 10 € par tonne sur 20 ans, porté à 50 % par des projets d’électrification). De son côté, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, réaffirme que la transition écologique constitue un levier majeur de souveraineté économique et de préservation de l’emploi local. Il rappelle avoir symboliquement annoncé le retour de ces aides au Creusot, sur le site d’Industeel, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle ligne de coulée continue verticale d’ArcelorMittal, elle-même financée par le programme Decarb IND.
Les industriels intéressés par ces deux guichets de financement ont jusqu’au 7 septembre 2026 pour déposer leur dossier de candidature sur les plateformes dédiées de l’Ademe.

