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La Région Sud lance un protocole d’urgence pour ses lycées

Salle de classe vide, illustration du protocole régional d'urgence pour les lycées
Par Jonathan Caron
Publié le 16 octobre 2026 à 14h45 – Temps de lecture : 5 minutes

En ce milieu du mois d’octobre 2026, à peine quarante-huit heures après son élection à la présidence de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, François de Canson a choisi de consacrer son premier déplacement aux lycées. Accompagné de Nicolas Isnard, maire de Salon-de-Provence, le nouveau président de la Région Sud s’est rendu au lycée de l’Empéri, dans cette commune des Bouches-du-Rhône, où l’établissement a été touché par des dégradations. De cette visite est né un protocole régional d’urgence, présenté comme la première concrétisation de la priorité que le nouvel exécutif entend donner à l’enseignement.

Le choix de ce terrain n’a rien d’anodin. La Région est, depuis les lois de décentralisation, la collectivité responsable des lycées publics. Elle en construit et rénove les bâtiments, en assure l’entretien et l’équipement, et emploie les agents techniques qui font fonctionner au quotidien la restauration, l’accueil et la maintenance. Dans les Bouches-du-Rhône comme dans les cinq autres départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce sont ainsi 4 000 agents régionaux qui travaillent chaque jour dans les établissements, encadrés par 300 responsables. Lorsque des locaux sont abîmés ou que des sanitaires se dégradent, c’est donc vers la Région que se tournent les équipes éducatives et les élèves.

Le protocole régional d’urgence s’articule autour de trois mesures activées sans délai. La première est le lancement d’une plateforme baptisée Allô Lycées, qui permet aux élèves, aux parents, aux enseignants et aux agents régionaux de signaler de manière anonyme les difficultés qu’ils rencontrent dans leur établissement et de faire remonter leurs propositions. L’outil est accessible en ligne et vise à recueillir directement la parole de celles et ceux qui vivent le lycée au quotidien, sans passer par les circuits hiérarchiques habituels. Les signalements peuvent être déposés sur la plateforme Allô Lycées mise en place par la collectivité.

La deuxième mesure consiste en un audit général des lycées, mené établissement par établissement. Cet état des lieux doit permettre de recenser précisément les besoins, qu’il s’agisse de l’état des bâtiments, des équipements ou des conditions d’accueil. Il s’accompagne de la création de brigades départementales d’intervention, chargées de répondre rapidement aux urgences techniques identifiées. Pour les lycées des Bouches-du-Rhône, cela signifie concrètement qu’une équipe dédiée pourra intervenir sur une fuite, une installation défaillante ou un local inutilisable sans attendre les délais habituels de programmation des travaux.

Le troisième volet est celui de la fermeté face aux dégradations. La Région annonce un soutien systématique aux chefs d’établissement qui déposent plainte à la suite de dégâts commis dans leurs murs. Elle met par ailleurs à la disposition de la Justice 10 000 heures de travaux d’intérêt général à effectuer dans les lycées, sur décision judiciaire. Ce dispositif permet à un tribunal de prononcer, à la place ou en complément d’une autre peine, une obligation de travail non rémunéré au profit de la collectivité. Appliqué aux lycées, il vise à ce que les auteurs de dégradations participent eux-mêmes à la remise en état des lieux.

Les prochains jours doivent voir ces premières décisions s’enrichir de moyens supplémentaires. Le mardi 20 octobre, une réunion extraordinaire rassemblera les 300 encadrants des 4 000 agents régionaux des lycées afin d’identifier les besoins prioritaires remontés du terrain. Le vendredi 23 octobre, lors de l’assemblée plénière du Conseil régional, François de Canson proposera aux élus le vote d’une enveloppe d’urgence de 6 millions d’euros. Cette somme sera consacrée en priorité à la réparation des dégradations et à la rénovation des sanitaires, une demande exprimée directement par les lycéens eux-mêmes. Des mesures destinées à améliorer le confort thermique des établissements, été comme hiver, seront également présentées pour répondre aux difficultés des élèves et des personnels confrontés aux fortes chaleurs comme au froid.

Le samedi 24 octobre, enfin, le Parlement régional de la jeunesse se réunira et associera plus de 200 jeunes aux prochaines décisions qui les concernent. Cette instance consultative, qui réunit des lycéens, des apprentis et des étudiants de toute la région, doit permettre de construire les réponses avec les premiers intéressés plutôt que pour eux. Le président de Région a d’ailleurs insisté sur cette dimension d’écoute en expliquant que, lorsque les lycéens s’expriment, la collectivité a le devoir de les entendre et de leur apporter des réponses concrètes, selon une méthode qu’il résume en trois verbes, voir, écouter et agir.

François de Canson a toutefois tenu à préciser que comprendre la colère ne revenait pas à excuser le désordre. Il estime qu’il n’y a aucune contradiction entre l’écoute et la fermeté, et rappelle que chaque euro consacré à réparer des dégradations est un euro qui ne pourra pas être investi ailleurs, dans de nouveaux équipements ou dans la rénovation d’autres établissements. Président de la communauté de communes Méditerranée Porte des Maures, dans le Var, il connaît les attentes des territoires en matière d’éducation et entend faire de la réactivité l’une des marques de son mandat.

Pour les lycéens et les familles des Bouches-du-Rhône, ce protocole régional d’urgence se traduira dans les semaines qui viennent par des interventions visibles dans les établissements, des sanitaires remis en état et une possibilité nouvelle de faire entendre leurs difficultés sans crainte. Les décisions attendues les 20, 23 et 24 octobre diront jusqu’où la Région Sud est prête à aller pour transformer ce premier geste en politique durable.