En ce début de mois de juillet 2026, l’entraînement bat son plein pour les personnels sélectionnés de l’administration pénitentiaire. Dans quelques jours, le 14 juillet, ils descendront les Champs-Élysées lors du défilé national, qui retrouve cette année la plus célèbre avenue de Paris. Pour cette institution, l’occasion n’a rien d’anodin. Elle marquera en effet la dixième participation de l’administration pénitentiaire à ce rendez-vous républicain, une présence désormais installée dans le paysage du défilé.
La délégation sera menée par Fabienne Gontiers, directrice du centre de détention de Tarascon, désignée cheffe de corps pour l’édition 2026. À quelques jours de l’événement, elle confie surtout vouloir se montrer à la hauteur de l’honneur qui lui est fait, sans cacher les appréhensions qui l’accompagnent. Ce rôle de figure de proue, elle le connaît déjà. En 2023, elle avait conduit le détachement pénitentiaire lors du défilé de Marseille, une expérience qu’elle décrit comme forte et profondément humaine, et qui l’avait rendue fière pour elle-même comme pour les agents qui l’entouraient. C’est à la suite de ce moment, dit-elle, qu’elle s’est autorisée à rêver de défiler un jour à Paris.
Son parcours illustre la diversité des métiers réunis derrière les murs des établissements. Après des études de droit, elle a d’abord été secrétaire administrative à l’École nationale d’administration pénitentiaire, avant de rejoindre l’institut régional d’administration de Lille. Elle a ensuite exercé pendant dix années les missions d’attachée d’administration au sein de deux centres pénitentiaires, un poste qu’elle situe à la charnière entre le travail administratif et le terrain. Encouragée par des chefs d’établissement qui lui ont fait confiance, elle a demandé un détachement dans le corps des directeurs des services pénitentiaires, puis est devenue directrice des services pénitentiaires à l’issue d’un processus de sélection.
Autour d’elle, le défilé rassemblera des personnels aux fonctions variées, à l’image de la réalité des prisons françaises. Surveillants pénitentiaires, directeurs des services pénitentiaires et attachés d’administration se tiendront côte à côte sur l’avenue. Cette diversité reflète le fonctionnement quotidien d’une institution qui ne se résume pas à la surveillance des détenus, mais repose sur une chaîne de métiers complémentaires, des équipes de terrain aux fonctions d’encadrement et de gestion.
Pour comprendre le sens de cette présence, il faut rappeler ce que représente l’administration pénitentiaire. Rattachée au ministère de la Justice, elle est souvent présentée comme la troisième force de sécurité intérieure du pays, aux côtés de la police et de la gendarmerie. Sa mission est double. D’une part, elle assure la garde des personnes placées sous main de justice, qu’elles soient condamnées ou en attente de jugement. D’autre part, elle prépare leur réinsertion, afin de limiter le risque de récidive et de protéger durablement la société civile. Fabienne Gontiers y voit d’ailleurs le cœur d’un métier qu’elle qualifie de riche et humain, où la surveillance et la réinsertion se répondent.
Cette double vocation reste largement méconnue du grand public, souvent réduite à l’image du surveillant derrière les barreaux. Or l’administration pénitentiaire mobilise aussi des conseillers d’insertion, des personnels administratifs et des cadres qui accompagnent les détenus tout au long de leur peine. La cheffe de corps y voit une institution utile, dont l’engagement quotidien mérite d’être reconnu. C’est précisément ce que permet, selon elle, une apparition sur les Champs-Élysées, où l’institution se montre à visage découvert devant la Nation.
Le défilé du 14-Juillet dépasse en effet la seule dimension militaire. Il constitue un temps de cohésion nationale consacré à celles et ceux qui protègent et servent le pays. Fabienne Gontiers y voit à la fois un symbole, une reconnaissance et une fête. Sa participation, explique-t-elle, vaut hommage à l’engagement des femmes et des hommes qui œuvrent chaque jour pour la sécurité de tous. Défiler devant des millions de spectateurs, sur place et devant leur écran, offre ainsi à une profession discrète une visibilité rare.
Dans cette perspective, l’entraînement en cours prend une dimension particulière. La cheffe de corps insiste sur la rigueur exigée pour représenter l’institution avec honneur et discipline le jour venu. Elle tient d’abord à féliciter les personnels retenus, dont la sélection récompense un engagement, et souligne l’esprit de solidarité qui soude le groupe à l’approche de l’échéance. C’est ensemble, dit-elle, qu’ils entendent vivre ce 14-Juillet, un moment qu’elle décrit comme appelé à les marquer à vie.

