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Un cinquième axe de France 2030 confié aux régions pour moderniser l’industrie

Par Samy Abtroun
Publié le 6 juillet 2026 à 09h00 – Temps de lecture : 4 minutes

L’État et les régions ont ouvert ce lundi 6 juillet 2026 un nouveau chapitre de France 2030. Ils lancent ensemble un cinquième axe régionalisé, entièrement dédié à la modernisation de l’appareil industriel français. Baptisé « Projets de modernisation et d’adoption de technologies avancées », ce volet vient compléter les quatre axes déjà déployés dans les territoires, à savoir l’innovation, i-Démo régionalisé, la filière et la formation. Il traduit une conviction désormais installée au cœur du plan d’investissement national. La transformation de l’industrie ne se décrète pas depuis Paris, elle se construit au plus près des bassins d’emploi.

France 2030 mobilise 54 milliards d’euros pour préparer l’économie française aux ruptures technologiques et écologiques des prochaines décennies. La moitié de cette enveloppe est fléchée vers la décarbonation, l’autre moitié vers des acteurs émergents porteurs d’innovation. En confiant un nouvel axe au pilotage partagé avec les conseils régionaux, l’État reconnaît que ces collectivités connaissent mieux que quiconque le tissu productif de leur territoire. Elles savent où se trouvent les usines à accompagner, quelles filières fragiliser d’un côté ou renforcer de l’autre, et comment orienter l’argent public vers les projets les plus utiles.

Concrètement, ce cinquième axe se décline en deux volets complémentaires. Le premier finance l’acquisition d’équipements et de logiciels, afin d’engager les entreprises dans une transformation à la fois durable et compétitive. Il s’agit d’aider les industriels à s’équiper en machines modernes, en outils numériques et en solutions de production plus sobres. Le second volet cible des projets de modernisation d’ampleur, ceux qui permettent de diversifier une production ou de créer de nouvelles activités. Cette distinction n’a rien d’anodin. Elle répond à deux besoins bien réels des entreprises, moderniser l’existant d’un côté, oser de nouveaux marchés de l’autre.

Le Grand Est fait figure de territoire pilote. La région et l’État y engagent un cofinancement à parité, pour un montant total de 8 millions d’euros. Bpifrance assure l’opération du dispositif, dans un rôle d’opérateur qu’elle tient sur l’ensemble de France 2030. Un appel à projets ouvrira le 1er octobre 2026 et restera accessible jusqu’au 30 septembre 2027. Les entreprises intéressées pourront déposer leur dossier sur la plateforme régionale dédiée. Ce calendrier laisse une année pleine aux dirigeants pour mûrir leur projet, monter leur plan de financement et candidater.

Le ciblage retenu dans le Grand Est éclaire les priorités industrielles du moment. Les projets attendus concernent d’abord les filières métallurgiques et sidérurgiques, dont la forge et la fonderie, des métiers historiques toujours essentiels à la chaîne de production française. Le dispositif vise aussi des industries jugées stratégiques pour la souveraineté nationale, comme la défense, l’énergie nucléaire et la cybersécurité. Enfin, il soutient la relocalisation d’activités industrielles, c’est-à-dire le retour sur le sol national de productions parties à l’étranger. Ce choix n’est pas propre au Grand Est. Il reflète une préoccupation partagée dans tout le pays, celle de reconquérir une autonomie productive perdue au fil des délocalisations.

Le Grand Est n’a rien d’un hasard pour ce lancement. La région porte une identité industrielle forte, nourrie par des décennies de savoir-faire dans la métallurgie, la mécanique et la chimie. Franck Leroy, qui préside le conseil régional, rappelle d’ailleurs à quel point l’industrie est profondément ancrée dans l’identité du territoire. Du côté de l’État, Sébastien Martin, à la tête de Régions de France, insiste sur le fait que la modernisation de l’industrie constitue une condition essentielle de la souveraineté économique du pays. Deux voix, un même constat.

Le dispositif ne restera pas cantonné au nord-est de la France. Il s’ouvrira progressivement à d’autres régions, jusqu’au 31 décembre 2027 au plus tard. Chaque conseil régional volontaire pourra ainsi mobiliser cet outil, en l’adaptant aux forces et aux fragilités de son propre tissu économique. Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, souligne que France 2030 a toujours placé les territoires au cœur de sa stratégie. Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, rappelle pour sa part que les très petites entreprises, les PME et les entreprises de taille intermédiaire forment le cœur battant de l’économie française. Ce sont elles que ce cinquième axe entend faire monter en puissance, région après région, pour ancrer durablement la réindustrialisation dans le quotidien des bassins d’emploi.