1. Home
  2. Politique et société
  3. Les violences intrafamiliales en hausse en juillet

Les violences intrafamiliales en hausse en juillet

Par Renaud Morelli
Publié le 11 août 2026 à 09h48 – Temps de lecture : 5 minutes

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a publié la cent trente et unième livraison de son bulletin mensuel Interstats Conjoncture, et les violences intrafamiliales y signent la plus forte hausse du mois. Ce document dresse le portrait des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie à la fin du mois de juillet. Il ne mesure pas la délinquance réelle, mais bien les faits portés à la connaissance des forces de sécurité, une nuance qui compte pour interpréter chaque variation.

Le constat général est celui d’une remontée. Hors homicides et violences sexuelles, traités à part pour des raisons méthodologiques, la majorité des indicateurs conjoncturels progressent en juillet 2026 par rapport au mois précédent. Les violences physiques intrafamiliales enregistrent la plus forte augmentation, avec une hausse de 6 %. Viennent ensuite les vols violents sans arme, en progression de 4 %. Cette catégorie recouvre notamment les arrachages de sacs ou de téléphones commis avec brutalité mais sans recours à une arme.

À l’inverse, quatre indicateurs reculent, tous au même rythme modéré de 1 %. Il s’agit des vols dans les véhicules, des destructions et dégradations volontaires, du nombre de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants, ainsi que des escroqueries et fraudes aux moyens de paiement. Ce dernier poste, qui rassemble les utilisations frauduleuses de cartes bancaires et les arnaques en ligne, reste l’un des plus volumineux de la statistique publique en matière de délinquance.

Les violences sexuelles font cette fois l’objet d’un traitement distinct. Depuis le mois de juin 2026, à la suite de l’affaire Lyhanna, les services de police et de gendarmerie consolident leur stock de procédures portant sur les violences sexuelles commises sur des mineurs. Concrètement, ce travail conduit à faire entrer dans les statistiques de juin et de juillet des infractions qui attendaient encore leur qualification juridique, mais aussi des faits transmis récemment par l’institution judiciaire. Il en résulte un effet purement statistique, sans lien direct avec l’évolution du phénomène lui-même.

Le service statistique avance une seconde explication. La médiatisation de cette affaire a pu encourager des victimes de faits comparables à franchir la porte d’un commissariat ou d’une brigade, y compris pour des événements anciens. Ainsi, malgré un recul de 3 % en juillet par rapport à juin, le volume de violences sexuelles enregistrées demeure nettement supérieur à celui observé avant l’été. Une hausse des plaintes traduit ici, au moins en partie, une meilleure prise en compte de faits jusque-là restés dans l’ombre.

Les homicides suivent eux aussi une trajectoire à part, car leur faible nombre rend les comparaisons mensuelles fragiles. Le bulletin retient donc une lecture trimestrielle et signale une augmentation sur les trois derniers mois par rapport au trimestre précédent.

Cette lecture par trimestre éclaire d’ailleurs l’ensemble du tableau. En comparant la période allant de mai à juillet à celle de février à avril, le bilan devient plus contrasté. Sur les treize indicateurs conjoncturels suivis, hors homicides et violences sexuelles, six diminuent, cinq augmentent et deux restent stables. Le recul le plus marqué concerne les vols d’accessoires sur véhicules, en baisse de 10 %. Ces atteintes visent essentiellement les plaques d’immatriculation, les rétroviseurs, les jantes ou les catalyseurs, dont la revente alimente un marché parallèle.

Deux indicateurs confirment en revanche leur orientation à la hausse sur ce même horizon. Les violences intrafamiliales progressent de 9 %, ce qui en fait la tendance la plus dynamique du trimestre. Les vols violents sans arme suivent avec 6 %. Ces deux mouvements, cohérents avec les chiffres du seul mois de juillet, dessinent une évolution installée plutôt qu’un accident de série.

Le bulletin s’accompagne enfin d’un avertissement technique inhabituel. Un incident informatique a empêché la remontée d’un nombre significatif de contraventions enregistrées par la gendarmerie nationale entre le 8 et le 19 juillet, en matière de destructions et de dégradations volontaires. Le service statistique a donc reconstitué le mois à partir des dix-neuf journées correctement transmises, du 1er au 7 puis du 20 au 31 juillet. Sans cette correction, environ 4 % des faits de cette catégorie manqueraient à l’appel. Les auteurs invitent malgré tout à manier les évolutions mensuelles de cet indicateur avec prudence.

Pour le lecteur, ces publications mensuelles valent moins par le chiffre isolé que par la tendance qu’elles installent mois après mois. La progression continue des violences intrafamiliales, désormais visible sur le mois comme sur le trimestre, en constitue le signal le plus net. Elle renvoie autant à la réalité des faits qu’à la capacité des victimes à les déclarer, deux dimensions que la statistique ne sait pas encore distinguer. Le prochain point de conjoncture, attendu début septembre, permettra de vérifier si cette dynamique se prolonge à la sortie de l’été.