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Tracfin reçoit un tiers de déclarations de soupçon en plus

Billets et graphiques financiers évoquant les déclarations de soupçon analysées
Par Samy Abtroun
Publié le 9 septembre 2026 à 09h00 – Temps de lecture : 5 minutes

La cellule de renseignement financier de Bercy a présenté ce mardi 8 septembre 2026 son rapport d’activité et d’impact pour l’année 2025. Le service, connu sous le nom de Tracfin, a enregistré 278 484 déclarations de soupçon l’an dernier, soit une progression de 32 % en un an. Ce volume place le dispositif français de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme à un niveau jamais atteint. Placé sous l’autorité de Roland Lescure et de David Amiel, le service appartient au premier cercle de la communauté du renseignement et travaille à partir des signalements que lui adressent les professionnels soumis à cette obligation.

Le secteur financier fournit toujours l’essentiel de la matière première, avec 258 470 déclarations de soupçon, soit 93 % du flux total et une hausse de 31 %. Les banques et les établissements de crédit expliquent à eux seuls la quasi-totalité de cette accélération, puisqu’ils ont transmis environ 50 000 déclarations de soupçon supplémentaires en un an, pour une progression de 45 %. Les prestataires de services sur crypto-actifs restent marginaux en volume, avec 4 850 signalements, mais leur activité déclarative bondit de 58 %. Le service souligne toutefois que la qualité des informations reçues doit désormais progresser au même rythme que leur nombre, faute de quoi elles ne seront pas directement exploitables dans les enquêtes.

Les professions non financières demeurent minoritaires avec 20 014 déclarations, soit 7 % de l’ensemble, mais leur mobilisation s’accélère nettement. Leur contribution augmente de 38 % après une hausse de 26 % l’année précédente. Les notaires et les opérateurs de ventes volontaires progressent chacun de 64 %, les opérateurs de jeu de 38 % et les greffes des tribunaux de commerce de 23 %. Un angle mort subsiste cependant. Les agents sportifs, assujettis depuis 2010, n’ont transmis aucune déclaration de soupçon en 2025, malgré les actions de sensibilisation menées avec la direction générale du Trésor.

La lutte contre la criminalité organisée constitue l’axe le plus visible de cette année. Les deux ministres ont réaffirmé que le combat contre le narcotrafic demeure une priorité et défendent l’idée de frapper les réseaux au portefeuille. Concrètement, le dispositif dit du circuit court, qui cible notamment les sociétés éphémères créées pour faire circuler des fonds, a permis la saisie de 40 millions d’euros d’avoirs criminels, en hausse de 40 % sur un an. Le service a par ailleurs signalé plus de 8 000 sociétés aux greffes des tribunaux de commerce, dont 80 % ont été radiées. Ses transmissions aux autorités judiciaires et administratives augmentent globalement de 15 %, et les notes portant spécifiquement sur du blanchiment adressées à la justice progressent de 33 %.

Les crypto-actifs prennent une place croissante dans ce paysage. Pour la première fois, Tracfin a utilisé son droit d’opposition, qui lui permet de bloquer temporairement une opération, afin de saisir des fonds détenus sous cette forme. Les dossiers transmis impliquant ce vecteur ont doublé en un an, tandis que les demandes d’information adressées aux plateformes ont augmenté de 183 %. Cette montée en puissance accompagne l’élargissement du périmètre déclaratif à des acteurs qui, il y a encore quelques années, échappaient largement au dispositif.

La fraude aux finances publiques représente l’autre grand chantier, avec des montants considérables à la clé. Le service a réalisé 740 transmissions pour des présomptions de fraude, portant sur près de 3 400 personnes physiques ou morales, et les enjeux financiers associés approchent 3,2 milliards d’euros. Ces signalements irriguent directement l’action des administrations. Ainsi, 30 % des contrôles de l’Urssaf pour travail dissimulé partent d’informations fournies par Tracfin, et ils ont donné lieu à 470 millions d’euros de redressements en 2025, contre 266 millions un an plus tôt. Du côté fiscal, la direction générale des finances publiques a notifié 91,6 millions d’euros de droits sur la base de ces dossiers, en hausse de 7 %. Au total, les transmissions du service en matière d’atteintes aux finances publiques augmentent de 17 %.

Le rapport insiste enfin sur l’imbrication croissante entre fraude et criminalité organisée. Les montages les plus complexes reposent désormais sur des réseaux structurés et sur des intermédiaires spécialisés dans le blanchiment, ce qui rapproche des dossiers longtemps traités séparément. D’autres volets illustrent l’élargissement du champ d’action. Le service a transmis 53 notes à des parquets pour des faits d’achat de contenus pédocriminels ou de consommation en direct, en lien étroit avec l’office chargé des mineurs. Il contribue également à la détection des ingérences étrangères, en s’appuyant sur la loi de 2024 qui a créé un gel administratif des avoirs des agents concernés et une obligation de déclaration auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le rapport complet détaille l’ensemble de ces chiffres.