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Juliette Binoche clôture la saison du Méjan à Arles

Salle de spectacle feutrée évoquant la soirée de Juliette Binoche
Par Marcel Grenay
Publié le 30 juin 2026 à 10h18 – Temps de lecture : 4 minutes

En cette fin de juin 2026, Arles a vécu deux soirées placées sous le signe de l’émotion et de la création. L’actrice et réalisatrice Juliette Binoche y a fait étape les 26 et 27 juin, à l’invitation de l’association Le Méjan. Ces deux rendez-vous ont clôturé en beauté la saison culturelle de la structure arlésienne. Devant un public conquis, l’artiste a démontré l’étendue de ses talents, de la scène à l’écran.

L’association Le Méjan occupe une place singulière dans la vie culturelle de la cité. Depuis des décennies, elle propose à Arles une programmation exigeante qui mêle musique, littérature et cinéma. En accueillant une figure du rang de Juliette Binoche, elle confirme son ambition. La clôture d’une saison constitue toujours un moment fort, celui où l’on remercie le public et où l’on marque les esprits avant la pause estivale.

La première soirée, le vendredi 26 juin, a pris la forme d’une lecture musicale. Juliette Binoche a donné voix au texte « La Forteresse des âmes mortes », signé Sandrine Chenivesse. L’actrice connaît bien cet ouvrage, puisqu’elle en a rédigé la préface. Pendant près de deux heures, elle a porté ces mots avec une intensité maîtrisée. Le public s’est laissé emporter par un voyage à la fois intérieur et littéraire.

Le texte lui-même invite à la méditation. Il explore le taoisme, les voyages initiatiques et la philosophie chinoise. À travers ses pages, il rappelle notamment que l’équilibre se trouve dans l’acceptation du changement. Il suggère aussi qu’il faut accepter d’être poète pour comprendre le monde. Ces réflexions, portées par la voix de Binoche, ont résonné comme une invitation à ralentir et à regarder autrement le cours des choses.

La musique a tenu une place essentielle dans cette performance. La pianiste Pascale Berthelot accompagnait l’actrice tout au long de la lecture. Loin de se contenter d’illustrer le texte, le piano dialoguait avec lui. Cette rencontre entre le mot et la note a donné à la soirée une profondeur particulière. Ainsi, chaque silence et chaque accord prenaient tout leur sens.

Fidèle à une certaine idée de l’art, Juliette Binoche a choisi la sobriété. Elle est apparue volontairement effacée, laissant le texte et la musique occuper le premier plan. Ce parti pris en dit long sur sa conception du métier. Plutôt que de tirer la couverture à elle, l’actrice s’est mise au service de l’œuvre. Cette humilité a renforcé l’émotion ressentie par les spectateurs.

Le lendemain, samedi 27 juin, a offert un visage différent de l’artiste. Juliette Binoche est en effet revenue à Arles non plus comme interprète, mais comme réalisatrice. Elle y a présenté « En nous », son tout premier film derrière la caméra. Ce passage à la réalisation marque une nouvelle étape dans une carrière déjà riche. Beaucoup attendaient de découvrir ce que la comédienne avait à dire à travers ce nouveau regard.

Le film plonge le spectateur dans l’univers de la danse. Il documente une création chorégraphique née vingt ans plus tôt, que Binoche avait imaginée avec le chorégraphe Akram Khan. En revenant sur cette aventure, le film interroge le passage du temps et la mémoire des corps. Ce sujet, à la croisée de la danse et du cinéma, illustre la curiosité artistique de la réalisatrice.

Le calendrier a joué en faveur de cette projection. La Fête du Cinéma se tient en effet du 28 juin au 1er juillet, juste après le passage de l’artiste. Cette opération nationale propose des places à tarif réduit dans les salles participantes. Elle offre donc une belle occasion de prolonger l’expérience et de découvrir « En nous » sur grand écran. Les amateurs de cinéma ont tout intérêt à profiter de ces quelques jours.

Avec ces deux soirées, Arles a rappelé combien elle reste une terre d’art et de rencontres. La ville, déjà connue pour son patrimoine et ses festivals, sait aussi accueillir les grandes voix de la création contemporaine. En refermant ainsi sa saison, l’association Le Méjan donne rendez-vous à son public pour de nouvelles aventures. Chacun repart avec le sentiment d’avoir partagé un moment rare, au cœur de l’été arlésien.