En ce mois de juin 2026, alors que la Coupe du monde de football concentre l’attention de millions de supporters, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et l’Autorité nationale des jeux ont lancé un appel commun à la vigilance. Les deux administrations mettent en garde les parieurs contre la multiplication des sites de conseils en paris sportifs, dont l’activité s’intensifie à chaque grande compétition. Derrière des promesses de gains faciles se cachent souvent des pratiques trompeuses, que les pouvoirs publics surveillent de près.
Ces sites sont animés par des pronostiqueurs que le milieu désigne sous le terme de tipsters. Ils proposent des conseils de paris, parfois gratuitement, le plus souvent par abonnement payant. Pour convaincre les internautes de souscrire, ils mettent en scène un train de vie luxueux sur les réseaux sociaux. Ils promettent des gains importants et laissent espérer un enrichissement rapide. Leur argumentaire repose sur une idée simple, à savoir que leurs conseils augmenteraient les chances de gagner.
Or cette idée est précisément ce que contestent les autorités. La DGCCRF et l’ANJ rappellent qu’aucun service ne peut réellement améliorer les chances de succès à un jeu d’argent et de hasard. Le résultat d’un pari dépend de facteurs qui échappent à tout pronostic, et aucune méthode ne garantit un gain. Dès lors, toute pratique qui laisse entendre le contraire est susceptible de constituer une pratique commerciale trompeuse. Ce type d’infraction est sanctionné par le code de la consommation.
Le cadre juridique s’est d’ailleurs durci ces dernières années. La loi du 9 juin 2023 encadrant l’influence commerciale a interdit aux influenceurs de faire la promotion d’abonnements à des conseils ou à des pronostics sportifs. Cette loi visait à mieux protéger le public, en particulier les plus jeunes, très présents sur les plateformes où circulent ces contenus. Depuis son entrée en vigueur, un influenceur qui vante ce genre de service s’expose à des poursuites. La responsabilité peut aussi remonter à l’annonceur, à l’éditeur du service ou à l’agence qui a organisé la campagne.
Cette vigilance renforcée s’appuie sur une coopération étroite entre les deux administrations. Fin 2023, la DGCCRF et l’ANJ ont signé un protocole destiné à mieux coordonner leurs actions dans le secteur des jeux d’argent. L’ANJ, autorité de régulation créée en 2020, agrée les opérateurs et surveille le marché légal. Elle transmet ensuite ses signalements à la DGCCRF, qui dispose du pouvoir d’enquêter et de sanctionner les manquements au droit de la consommation. Ce partage des rôles permet de cibler plus efficacement les acteurs douteux.
Les résultats de ces contrôles confirment l’ampleur du problème. Au cours de l’année 2024, dix-neuf acteurs du secteur des paris sportifs ont été contrôlés. Une enquête menée par la DGCCRF sur les sites de conseils avait par ailleurs relevé un taux d’anomalie élevé, de l’ordre de trente-six pour cent chez les professionnels vérifiés. Plusieurs procédures pénales sont aujourd’hui en cours contre des sites de conseils et contre les influenceurs qui en assurent la promotion. Trois dossiers se sont déjà conclus par des transactions pénales, pour un montant total supérieur à cent trente mille euros.
Des décisions de justice récentes illustrent cette fermeté. Une société de conseils en paris a ainsi écopé de quatre-vingt mille euros d’amende pour pratique commerciale trompeuse. En octobre 2025, une influenceuse a par ailleurs été condamnée à un an de prison avec sursis et à cent cinquante mille euros pour avoir fait la promotion de ce type de service en promettant des gains. Ces condamnations envoient un signal clair aux acteurs tentés de contourner la réglementation.
Face à ces risques, les deux administrations diffusent quelques repères simples. Seuls les sites de paris agréés par l’ANJ sont autorisés à proposer leurs services en France, et la liste de ces opérateurs est disponible sur le site de l’autorité. Les parieurs sont invités à se méfier des promesses d’enrichissement rapide, qui relèvent le plus souvent du mirage. En cas de litige avec un professionnel, ils peuvent signaler la situation sur la plateforme SignalConso, gérée par la DGCCRF. Ces signalements aident les enquêteurs à orienter leurs contrôles.
Cette mobilisation dépasse le seul cadre de la compétition en cours. La DGCCRF et l’ANJ ont annoncé la reconduction de leur coopération pour les années 2026 et 2027, signe que la surveillance du secteur s’inscrit dans la durée. Alors que les paris connaissent un pic d’activité pendant le Mondial, cet appel à la prudence rappelle qu’un match reste un spectacle, et non une promesse de fortune.
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Par Gilbert Caron
Publié le 22 juin 2026 à 09h10 – Temps de lecture : 4 minutes
