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Les projections de l’Insee dessinent une France plus âgée et moins peuplée en 2070

Projections de population, un groupe de personnes agees marchant en exterieur
Par Gilbert Caron
Publié le 10 juin 2026 à 09h10 – Temps de lecture : 4 minutes

La France a franchi en 2025 un seuil qui ne s’était plus produit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois, le pays a enregistré davantage de décès que de naissances sur une année pleine. C’est dans ce contexte que l’Insee a rendu publiques, ce lundi 8 juin 2026, ses nouvelles projections de population, un exercice qui dessine le visage démographique du pays jusqu’en 2070. Le message central de ces projections de population tient en peu de mots. La population française vieillira nettement, et elle sera probablement moins nombreuse qu’aujourd’hui.

Le point de départ de cet exercice est solide. Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d’habitants. Selon le scénario central retenu par l’institut, cette population continuerait d’augmenter, mais très faiblement, pour atteindre un pic de 69,8 millions d’habitants en 2037. Ce sommet marquerait un tournant. Après lui, la courbe s’inverserait et le pays entamerait un lent déclin. À l’horizon 2070, la France ne compterait plus que 65,9 millions d’habitants, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026.

Le rythme de cette évolution mérite qu’on s’y attarde, car il rompt avec un demi-siècle d’histoire. Jusqu’en 2037, la population ne progresserait que de 56 000 personnes par an en moyenne, un gain de 0,08 % annuel. À titre de comparaison, entre 1970 et 2026, la France gagnait environ 0,5 % d’habitants chaque année. Ensuite, à partir de 2037, la tendance s’inverserait franchement, avec une perte moyenne de 118 000 habitants par an jusqu’en 2070. Le pays passerait ainsi, en une génération, de la croissance à la contraction.

Un fait structurant explique ce basculement. Désormais, le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès, est devenu négatif et le resterait durablement. Concrètement, les décès l’emportent sur les naissances, et cet écart se creuserait au fil des décennies. Dès lors, la seule composante qui soutiendrait encore la population serait le solde migratoire, autrement dit l’excédent des arrivées sur les départs. L’Insee retient une hypothèse stable de 150 000 entrées nettes par an. En clair, sans cet apport, le déclin démographique serait bien plus précoce et bien plus rapide.

Deux ressorts expliquent la faiblesse des naissances. D’une part, l’indice de fécondité a reculé à 1,56 enfant par femme en 2025 et se stabiliserait autour de 1,45 à partir de 2028, un niveau très inférieur au seuil de renouvellement des générations. D’autre part, l’âge moyen à la maternité continue de s’élever, passant de 31,2 ans en 2025 à 33 ans attendus en 2050. En parallèle, l’espérance de vie poursuivrait sa hausse. Celle des femmes gagnerait 3,6 ans d’ici 2070 pour atteindre 89,5 ans, celle des hommes 6,4 ans pour s’établir à 86,7 ans. Ainsi, on vit plus longtemps pendant qu’on fait moins d’enfants, ce qui accentue mécaniquement le vieillissement.

Ce vieillissement constitue le véritable enjeu économique de ces projections. En 2026, les personnes de 65 ans et plus représentent 22 % de la population, soit 15,3 millions de personnes. En 2070, elles seraient 21,1 millions, et pèseraient près d’un tiers de la population, à 32 %. Le nombre des plus âgés progresserait plus vite encore. Les 75 ans et plus, qui sollicitent le plus les dispositifs de soin et d’accompagnement, verraient leurs effectifs bondir. Cette montée en puissance du grand âge pèsera directement sur les dépenses de santé, sur les retraites et sur l’organisation de la dépendance.

Un indicateur résume à lui seul la pression qui s’annonce sur le modèle social. En 2026, on compte 40 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes en âge de travailler, entre 20 et 64 ans. Ce rapport grimperait à 49 pour 100 dès 2040, puis à 62 pour 100 en 2070. Autrement dit, chaque actif devrait, demain, contribuer au financement d’un nombre bien plus élevé de retraités. Ce déséquilibre interroge le financement des retraites par répartition, l’équilibre des comptes sociaux et, plus largement, la capacité du pays à préserver son niveau de protection.

Il faut rappeler que ces projections de population restent des estimations, et non des prédictions. L’Insee a construit vingt-neuf scénarios en faisant varier la fécondité, la mortalité et les migrations. Selon les combinaisons retenues, la France compterait entre 61 et 71 millions d’habitants en 2070. La fourchette est large, et elle traduit une part réelle d’incertitude. Pour autant, une tendance ne bouge pas d’un scénario à l’autre. Quel que soit le chemin emprunté, la population française comptera nettement plus de personnes âgées au milieu du siècle. C’est cette certitude, davantage que le nombre exact d’habitants, qui appelle dès maintenant des décisions de long terme.