L’Insee a présenté ce mercredi 17 juin 2026 sa note de conjoncture de mi-année, et le diagnostic qu’elle dresse tient en une image, celle d’une industrie qui tient la barre pendant que les ménages accusent le coup. L’institut de la statistique publique décrit une économie française qui avance au ralenti, freinée par un choc énergétique survenu au début du printemps et par une inflation repartie à la hausse. Sur l’ensemble de l’année, la croissance se limiterait à un acquis de 0,7 %, un rythme modeste qui traduit surtout la faiblesse de la demande des ménages.
Le premier trimestre a marqué une rupture nette. Pour la première fois depuis 2020, l’activité s’est contractée, reculant de 0,1 % après une progression de 0,2 % en fin d’année précédente. La demande intérieure a pesé négativement, à hauteur de 0,2 point, tandis que la consommation des ménages baissait de 0,2 % et que l’investissement chutait de 0,6 %. Les exportations ont particulièrement souffert, avec un repli de 3,5 % sur le trimestre. Seule la reconstitution des stocks a soutenu le résultat, en apportant un point entier de croissance.
Le rebond attendu ensuite reste limité. Après ce trou d’air, l’Insee anticipe une hausse de 0,3 % au deuxième trimestre, puis un rythme de croisière de 0,1 % par trimestre sur la seconde moitié de l’année. Autrement dit, l’économie ne rattrape pas son retard, elle se contente de le stabiliser. Cette prudence tient d’abord au comportement des ménages, dont les arbitrages conditionnent aujourd’hui la trajectoire d’ensemble.
Car le fait marquant de ce début d’année reste le retour de l’inflation. Après un point bas à 0,9 % sur un an en février, la hausse des prix a accéléré pour atteindre 2,4 % en mai, et elle grimperait encore jusqu’à 2,7 % en décembre. Ce mouvement s’explique en grande partie par le choc énergétique du printemps 2026. Ce dernier reste toutefois sans commune mesure avec celui de 2022, puisqu’il dégraderait le solde des échanges d’énergie d’environ 0,3 point de produit intérieur brut, contre 2,2 points il y a quatre ans. L’impact se fait néanmoins sentir directement sur le portefeuille des Français.
Conséquence directe, le pouvoir d’achat recule. Sur l’année, il diminuerait de 0,3 % pour l’ensemble des ménages, et même de 0,7 % une fois rapporté à chaque unité de consommation, une mesure qui tient compte de la taille des foyers. Ce recul par personne éclaire mieux le ressenti que les chiffres agrégés, car il correspond à ce que chacun perçoit concrètement au moment de faire ses courses ou de régler ses factures. Face à cette érosion, les ménages ne puisent pas dans leurs réserves. Leur taux d’épargne resterait élevé, à 17,5 % du revenu disponible après 17,8 % en 2025, signe d’une prudence persistante dans un climat incertain.
Cette prudence pèse mécaniquement sur la consommation, moteur traditionnel de la croissance française. Celle-ci ne progresserait que de 0,2 % sur l’année, après 0,5 % en 2025. L’investissement suit une pente comparable. Les entreprises limiteraient leurs dépenses à une hausse de 0,5 %, tandis que l’investissement des ménages reculerait de 0,3 % et celui des administrations publiques de 0,2 %. Dès lors, aucun des grands relais de la demande intérieure n’entraîne réellement l’activité.
Le marché du travail encaisse à son tour le ralentissement. Le secteur privé détruirait 59 000 postes sur l’année, un renversement après plusieurs exercices de créations soutenues. L’emploi total resterait tout juste positif, avec 22 000 postes supplémentaires grâce au secteur public et aux emplois aidés. En parallèle, le taux de chômage remonterait à 8,4 % fin 2026, contre 7,9 % un an plus tôt. Cette hausse d’un demi-point marque la fin d’une longue phase de baisse et alimente à son tour l’attentisme des ménages.
Un point positif se dégage malgré tout du côté de l’environnement. Les émissions de gaz à effet de serre de la France continueraient de diminuer, d’environ 2,3 % en 2026, portées par les efforts de décarbonation et d’efficacité énergétique autant que par la modération de l’activité. Ce recul reste toutefois en deçà du rythme d’environ 5 % par an que la France doit tenir d’ici 2030 pour respecter ses engagements climatiques. Au total, l’Insee dépeint donc une année de transition, où l’appareil productif tient le choc mais où les familles, elles, voient leur budget se resserrer.

