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La conférence régionale de sécurité des Antilles réunit 21 délégations à Fort-de-France

Agent en gilet lors d une conférence régionale de sécurité contre le narcotrafic
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 29 juin 2026 à 09h23 – Temps de lecture : 5 minutes

En cette fin de juin 2026, la Martinique est devenue le point de convergence d’une mobilisation internationale contre le narcotrafic. Du 29 juin au 3 juillet, Fort-de-France accueille la conférence régionale de sécurité des Antilles, un rendez-vous d’envergure inscrit dans le cadre de la présidence française du G7. L’ambition affichée est claire. Il s’agit de rassembler un vaste réseau de partenaires face à l’augmentation sans précédent des trafics illicites dans le bassin Antilles-Guyane.

Cette rencontre est co-présidée par trois ministères, celui de l’Europe et des Affaires étrangères, celui de l’Intérieur et celui des Outre-mer. Ce portage interministériel traduit la nature du problème. La lutte contre les stupéfiants ne relève pas d’un seul champ d’action, mais croise la diplomatie, la sécurité intérieure et la situation particulière des territoires ultramarins. En réunissant ces trois autorités autour d’une même table, la France affiche une réponse coordonnée plutôt qu’éclatée.

Les chiffres qui motivent cette mobilisation donnent la mesure de la menace. En haute mer, les saisies de stupéfiants opérées par les autorités françaises ont augmenté de 30 % en un an. Elles ont atteint 35,7 tonnes en 2025, contre 28 tonnes l’année précédente. Cette progression illustre le développement inédit des réseaux criminels à l’échelle de la zone. Dès lors, la nécessité d’une réponse collective s’impose comme le fil conducteur des échanges.

La conférence régionale de sécurité s’organise autour de deux temps forts distincts. Du 29 juin au 2 juillet, un groupe de responsables de haut niveau issus des États et organisations d’Amérique latine et des Caraïbes se réunit sur les thématiques clés de la lutte contre les trafics. Cette première séquence s’inscrit dans le cadre de la session internationale Amérique latine Caraïbes, dite SIAL-C. Celle-ci est organisée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et par l’Institut des hautes études de défense nationale, un établissement public qui forme les responsables aux enjeux de défense et de sécurité.

Les 2 et 3 juillet, la rencontre change de dimension. Les chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur ou de la Justice, sont invités à une conférence internationale. L’objectif est d’exprimer une détermination commune face au développement des trafics à l’échelle régionale. Les discussions portent notamment sur la coopération judiciaire, la lutte contre le trafic d’armes, la lutte contre le blanchiment et la corruption, la sécurisation des ports et des aéroports, ainsi que la surveillance maritime.

L’ampleur de la coalition réunie donne à ce rendez-vous son caractère exceptionnel. Quatorze États membres de la Communauté caraïbéenne, la CARICOM, considérés comme des pays de rebond des trafics, y participent. On y trouve notamment les Bahamas, la Barbade, la Jamaïque, Haïti ou encore Trinité-et-Tobago. Les principaux pays de production sont également présents, à savoir la Colombie, le Pérou et la Bolivie. Réunir autour d’une même table les territoires de production, de transit et de destination constitue en soi un signal fort.

À ces États s’ajoutent l’Union européenne et plusieurs partenaires européens implantés dans la Caraïbe, comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Espagne. Les partenaires régionaux, du Brésil au Panama en passant par la République dominicaine, complètent le tableau. Les États du G7, dont les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, l’Italie et le Japon, sont aussi de la partie. Enfin, plusieurs organisations internationales apportent leur expertise, au premier rang desquelles l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, l’ONUDC, et l’Organisation des États américains.

Cette conférence régionale de sécurité a débouché sur l’adoption d’une déclaration politique. Celle-ci comprend des engagements de renforcement de la coopération internationale contre les trafics, en particulier dans les aéroports et les ports. Ce texte a pris le nom d’appel de la Martinique. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, s’est félicité de la large adhésion des participants à cet appel lors de la clôture, le vendredi 3 juillet 2026.

Au-delà de la dimension diplomatique, la conférence a servi de cadre à la présentation d’un dispositif national. À l’aéroport de Fort-de-France, Jean-Didier Berger a détaillé le plan Antilles-Guyane, un plan d’urgence de lutte contre le narcotrafic. Lancé le 29 janvier 2026 par le président de la République et piloté par le ministère de l’Intérieur, il repose sur cinq axes stratégiques. Ces axes vont de la coopération régionale à la protection des agents, en passant par un cordon sanitaire autour des territoires, une présence renforcée sur le terrain et le ciblage des profils sensibles.

Le cordon sanitaire prévoit notamment le déploiement de radars en Guadeloupe pour détecter les tentatives d’importation, la création d’unités de police dans les ports et le renforcement des effectifs dans les aéroports. En réunissant à Fort-de-France les pays de production, de transit et de destination, la France a cherché à transformer une menace commune en réponse partagée, dont l’appel de la Martinique constitue désormais le point d’ancrage.