Pendant près de trois mois, Corbeil-Essonnes confie ses écrans au format court. Lancée le 15 octobre à la MJC Fernand-Léger, allées Aristide Briand, la troisième édition du Kino festival se poursuit jusqu’au 5 décembre et traverse donc les vacances de la Toussaint, ce creux de calendrier où l’on cherche justement de quoi occuper les après-midis. Portée par l’association Vox Alternative, la manifestation défend une conviction simple : quelques minutes de pellicule suffisent parfois à raconter une histoire entière, à condition d’y mettre de l’idée et du culot. De la salle obscure à la médiathèque, elle promène le court-métrage dans toute la ville, bien décidée à le sortir de la confidentialité. Car le format reste le parent pauvre des salles, rarement programmé, alors qu’il est souvent le premier terrain d’essai des réalisateurs de demain.
Le rendez-vous ne se résume pas à une soirée de projection. Il s’étire sur l’automne et mêle trois ingrédients : une compétition de films courts, des ateliers de pratique et un ciné-club, de quoi s’adresser autant aux curieux qu’aux apprentis réalisateurs. Le choix de disperser les rendez-vous dans plusieurs lieux n’a rien d’anodin : il s’agit d’aller chercher le public là où il se trouve, maison de jeunes, bibliothèque, lycée, plutôt que d’attendre qu’il pousse la porte d’une salle. Cette semaine, le festival s’installe à la médiathèque Chantemerle, rue Féray : samedi 24 octobre, de 14h à 17h, un atelier cinéma propose aux participants de passer de l’autre côté de la caméra et de s’initier aux coulisses de la fabrication d’un film.
Ces ateliers forment la colonne vertébrale de l’édition. Après celui de la médiathèque, deux séances attendent les amateurs au lycée Robert-Doisneau, les mercredis 4 et 18 novembre, et une autre à la MJC Fernand-Léger, le samedi 7 novembre, toutes de 14h à 17h. Au programme : la lumière, le cadrage, la prise d’images, ces gestes techniques qui font qu’un plan accroche l’œil ou le laisse indifférent. L’idée est de donner à chacun les clés d’un langage trop souvent jugé réservé aux initiés, sans jargon et sans matériel hors de portée. À l’heure où chaque téléphone est une caméra de poche, le festival parie que la frontière entre spectateur et créateur n’a jamais été aussi mince.
La dernière ligne droite se joue au cinéma Arcel, place Léon-Cassé. Avec ses trois salles classées Art et Essai, l’établissement est l’un des repères culturels de la ville, et il prête volontiers ses fauteuils aux rendez-vous du court-métrage. Il accueille d’abord un ciné-club le vendredi 27 novembre à 20h : l’occasion de regarder autrement, en prenant le temps d’en débattre une fois la lumière revenue, loin du visionnage pressé auquel les écrans du quotidien nous ont habitués. Ici, on ne défile pas, on s’arrête. Programmée un vendredi soir, la séance entend aussi faire sortir le public à la nuit tombée, pour un moment qui tient autant de la découverte que de la rencontre.
Le point d’orgue tombera le samedi 5 décembre, à partir de 18h, toujours à l’Arcel : les films retenus en compétition seront projetés devant le public, qui découvrira d’un seul tenant le fruit de ces semaines de travail. Une façon de clore le festival par là où il aurait pu commencer, l’écran, après l’avoir fait vivre dans les quartiers, les maisons de jeunes et les salles de classe. Pour les réalisateurs amateurs, voir son film passer en grand, devant une salle, vaut souvent toutes les reconnaissances. C’est aussi, pour les spectateurs, l’occasion de mesurer la vitalité créative qui existe à deux pas de chez eux, loin des plateaux parisiens.
Corbeil-Essonnes : le court-métrage fait son cinéma
Par Marc Blanc
Publié le 22 octobre 2026 à 13h30 – Temps de lecture : 4 minutes
