Dès ce vendredi 6 novembre 2026 et jusqu’au dimanche 8 novembre, Arles redevient pour trois jours la capitale française de la traduction littéraire. L’association Atlas, qui milite depuis plus de quarante ans pour la reconnaissance de ce métier de l’ombre, y organise la 43e édition de ses Assises. Le rendez-vous réunit chaque automne des centaines de traducteurs, d’auteurs, d’éditeurs et de lecteurs venus de toute la France, et cette année il place son programme sous le signe de la magie, des merveilles et des fantasmagories. Après une édition 2025 consacrée à la traduction sous contraintes, le thème invite à réfléchir à ce que devient le travail du traducteur lorsqu’un texte ne cherche plus à décrire le réel mais à l’enchanter, du merveilleux le plus éthéré aux langages des chamanes.
Le changement de ton se lit jusque sur l’affiche. Le noir et le blanc des années précédentes laissent place à la couleur, avec une photographie signée Charles Fréger, tirée de sa série Wilder Mann consacrée aux figures masquées des traditions populaires européennes. Le photographe apporte ainsi son univers singulier à un festival qui veut cette année faire entrer le public dans un monde fantastique.
La conférence inaugurale est confiée à Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du prix Goncourt 2021 pour son quatrième roman, La plus secrète mémoire des hommes, publié chez Philippe Rey et Jimsaan. L’écrivain sénégalais, dont l’œuvre est traduite dans plus de trente-cinq langues depuis son premier roman paru en 2014, prendra la parole ce vendredi 6 novembre à 15h15 à la chapelle du Méjan, pour une intervention intitulée Transmutations. Sa présence illustre à elle seule l’enjeu des Assises, puisque c’est par le travail des traducteurs qu’un roman écrit en français trouve aujourd’hui des lecteurs sur tous les continents.
Dans la foulée, à 16h30, la même chapelle accueillera la remise du grand prix de traduction de la ville d’Arles, qui retrouve cette année son appellation d’origine. Créée en 1995, la récompense s’appelait alors le prix Amédée Pichot, du nom d’un traducteur, romancier et historien né à Arles en 1795, passeur en France de Lord Byron, de Sheridan et de Charles Dickens. Rebaptisée grand prix de traduction de la ville d’Arles en 2013, elle redevient le grand prix Amédée Pichot et renoue ainsi avec l’hommage à cet enfant du pays. Dotée de 5 000 euros, elle distingue la traduction d’une œuvre de fiction contemporaine remarquable par sa qualité et par les difficultés surmontées. Pour cette 31e édition, le jury composé de traducteurs et d’écrivains départagera sept finalistes, dont des traductions de l’estonien, du tamoul, du hongrois, du mandarin et du taïwanais, de l’italien et de l’espagnol d’Argentine et du Mexique.
La soirée inaugurale prend elle aussi un tour nouveau. Pour la première fois, elle se déroule à l’espace Van Gogh, où le groupe Poplitê, déjà passé par le festival Les Suds à Arles, fera résonner ses sonorités brésiliennes à partir de 20h ce vendredi. Dès le lendemain matin, un réveil dansé est proposé à 9h au Fonds Bustamante, un lieu tout juste ouvert, tandis que l’hôtel de Viguier, autre adresse inédite du festival, accueillera un spectacle à 11h. Ces deux nouveaux lieux s’ajoutent aux partenaires fidèles des Assises que sont l’antenne arlésienne d’Aix-Marseille Université, la chapelle et les cinémas du Méjan, les éditions Actes Sud, le Cargo de Nuit et le musée départemental Arles antique.
Tout au long du week-end, le programme alterne ateliers d’initiation, conférences, tables rondes et lectures. Les curieux pourront s’essayer à des langues rares comme le swahili ou le bosnien, tandis que les dialogues de la chapelle du Méjan explorent samedi l’humour et les diableries, les figures de Médée et de Circé ou encore le merveilleux chinois. Le dimanche 8 novembre réserve une table ronde professionnelle sur la place du livre dans la bataille culturelle, avec notamment l’Agence régionale du livre Provence-Alpes-Côte d’Azur, puis un théâtre d’ombres et, en clôture, l’intervention de l’écrivain et magicien Rémi David, invité comme grand témoin de cette édition.
Pour le public, la billetterie grand public est ouverte et le détail des rendez-vous, des tarifs et des conseils d’hébergement se consulte sur la page officielle des Assises. L’accueil du festival se situe au Centre international des traducteurs littéraires, à l’espace Van Gogh, à une vingtaine de minutes à pied de la gare, et l’association a inscrit les trois journées sur une application de covoiturage pour faciliter la venue des festivaliers. Elle lance par ailleurs un appel aux Arlésiens disposant d’une chambre d’amis, en échange d’un pass trois jours offert à ceux qui hébergeront un visiteur.
Depuis leur création en 1984, les Assises ont fait d’Arles le point de ralliement d’une profession souvent invisible, celle qui permet aux lecteurs français de découvrir les littératures du monde. Au Centre international des traducteurs littéraires, installé à l’année dans l’ancien hôtel-Dieu immortalisé par Van Gogh, des résidents venus de tous les continents travaillent déjà au quotidien sur des textes étrangers. Le temps d’un week-end de novembre, la ville entière partage cette passion des mots qui voyagent, et chacun peut venir y attraper un peu de cette magie.

