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Joinville-le-Pont : les Baladins mènent l’enquête

Par Renaud Morelli
Publié le 4 novembre 2026 à 14h13 – Temps de lecture : 4 minutes

À Joinville-le-Pont, la semaine du 11 novembre ne se vivra pas qu’au pied du monument aux morts. Pendant que la ville s’apprête à honorer, le mercredi 11, la mémoire de l’armistice de 1918 et de tous les « morts pour la France », une troupe bien connue des Joinvillais investit la Scène Prévert. Du vendredi 6 au dimanche 15 novembre, les Baladins de Joinville y présentent « Off the Record », un thriller qui tombe à pic dans une époque saturée d’écrans, d’algorithmes et de fausses nouvelles. À cheval sur deux week-ends et sur le jour férié du 11, la salle municipale offre ainsi un contrepoint inattendu aux cérémonies du souvenir.
L’intrigue tient en une étincelle. Une journaliste reçoit une information susceptible de tout faire basculer. Mais à mesure qu’elle enquête, elle comprend que quelqu’un, tapi derrière les écrans, observe, oriente et manipule le cours des choses – et que l’investigation qu’on l’a laissée mener est peut-être la plus dangereuse de toutes. Derrière le suspense et les rebondissements, la pièce interroge le pouvoir invisible des données, la manipulation des foules et cette liberté de penser que l’on croit, à tort, définitivement acquise. Le rythme est celui d’un bon polar : une révélation en appelle une autre, et le spectateur, comme la journaliste, ne sait bientôt plus très bien à qui se fier.
Le thème n’a rien d’un hasard. En confiant ce texte à ses comédiens, la troupe met en scène les vertiges de notre temps : la frontière brouillée entre information et intoxication, la surveillance devenue ordinaire, la difficulté de se forger un avis quand tout, alentour, cherche à l’influencer. De quoi prolonger, l’air de rien, une question que pose aussi la semaine de l’Armistice : à quoi tient une société libre, et que coûte le prix de cette liberté ? Que la réflexion passe, pour une fois, par un fauteuil de théâtre plutôt que par un manuel d’histoire n’enlève rien à sa portée.
Sur scène, ils sont onze à faire vivre cette enquête : Guy Beauregard, Anaëlle Berradhia, Flavien Deschamps, Fabrice Fitoussi, Hubert Girard, Antoine Josse, Corinne Pecriaux, Sandrine Peterolff, Justine Peterolff, Maria Roccia et Fabienne Zamparini. La mise en scène est signée Loïc Porteau, la scénographie imaginée par Dorine Fourmann. Une distribution fournie, à l’image de ces troupes de bénévoles qui, soir après soir, font tenir la vie culturelle d’une commune autant que les grandes salles subventionnées, et qui répètent des mois durant pour offrir à leurs voisins quelques heures d’illusion.
Troupe de passionnés bien implantée dans la ville, les Baladins font partie de ces associations qui tissent, discrètement, le lien joinvillais. Leurs spectacles rassemblent habitués et curieux, voisins et familles, autour d’un plaisir simple : voir des gens d’ici monter sur les planches et s’emparer, avec sérieux et malice, de sujets qui nous concernent tous. La première est donnée le vendredi 6 novembre à 20 h 30, et les représentations se succèdent ensuite jusqu’au 15. Côté tarifs, la troupe a tenu à rester accessible : 10 € en plein tarif, 6 € en tarif réduit, et une formule duo à 15 € pour venir accompagné. De quoi s’offrir une soirée de théâtre pour le prix d’une place de cinéma, à deux pas de chez soi. Le calendrier complet et les réservations sont à retrouver sur le site de la troupe.
Il y a quelque chose d’heureux à voir une ville du Val-de-Marne alterner, en une même semaine, le recueillement et le rideau rouge. Le 11 Novembre rappellera, comme chaque année, le sacrifice de ceux qui ne sont pas rentrés ; la Scène Prévert, elle, rappellera que la liberté dont ils rêvaient se défend aussi ainsi, par le droit de monter sur les planches et de dire, en public, ce que d’autres voudraient garder « off the record ». Entre les deux, Joinville-le-Pont aura rempli, à sa manière, son devoir de mémoire et son goût de vivre. On ressort de la salle un peu plus méfiant, sans doute, mais aussi rassuré : tant qu’une scène existe pour poser ces questions à voix haute, rien n’est jamais tout à fait joué.