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Bobigny : d’un cimetière à l’autre

Par Marc Blanc
Publié le 4 novembre 2026 à 15h09 – Temps de lecture : 4 minutes

À Bobigny, la semaine du 11 novembre commence micro en main et s’achève drapeau en berne. Entre le concert de rap du vendredi soir et le long cortège du mercredi matin, la préfecture de la Seine-Saint-Denis fait cohabiter, à quelques jours d’intervalle, la jeunesse des musiques actuelles et la gravité du souvenir. Comme si la ville tenait à rappeler qu’une même commune peut vibrer un soir au Canal 93 et se taire, le surlendemain, au pied de ses monuments.
Le temps fort, c’est évidemment le mercredi 11 novembre. À Bobigny, l’hommage ne se résume pas à une gerbe déposée en dix minutes : il prend la forme d’un véritable itinéraire à travers la ville. Le départ est donné à 9 h 30, en car, place Rabin-Arafat – un départ groupé qui donne d’emblée à la matinée des allures de procession civique. À 10h, un premier recueillement a lieu au carré militaire du cimetière musulman, puis, à 10 h 45, au cimetière communal, devant le monument aux morts et son carré militaire. À 11 h 15, le cortège se rassemble place du 11 Novembre, au pied du monument « Éloge à la paix », pour les discours officiels, avant une réception à 11 h 45. La journée se prolongera jusqu’à 16h par une cérémonie à la préfecture.
Cet itinéraire a sa part d’histoire. En s’arrêtant d’abord au carré militaire du cimetière musulman, Bobigny rend hommage à des combattants de confession musulmane tombés sous l’uniforme français, trop longtemps restés dans l’angle mort du récit national. La ville abrite l’un des rares cimetières musulmans de la métropole, et ce premier dépôt de gerbes dit beaucoup d’une commune qui n’a jamais trié ses morts selon leur foi. Que le cortège s’achève, lui, devant un monument baptisé « Éloge à la paix » n’a rien d’anodin : à Bobigny, on ne célèbre pas la guerre, on pleure ceux qu’elle a emportés. Au fil de ce parcours, la ville ne sépare pas les époques : les poilus de 14-18 y côtoient, dans un même silence, les victimes des conflits plus proches et les soldats tombés lors d’opérations extérieures.
La date, du reste, a changé de sens depuis un siècle. Le 11 Novembre marquait d’abord l’armistice de 1918, signé au petit matin dans une clairière de l’Oise, qui mit fin à plus de quatre années d’un conflit ayant vidé les villages de leurs hommes. Une loi de 2012 en a étendu la portée : la journée honore désormais l’ensemble des « morts pour la France », toutes guerres confondues. Cent huit ans plus tard, devant les noms gravés dans la pierre, Bobigny rassemble le temps d’une matinée élus, familles, anciens combattants et simples passants que relie un même refus d’oublier.
La ville n’aura pourtant pas attendu le 11 pour s’animer. Le vendredi 6 novembre, à 20h, le Canal 93 accueille le rappeur sétois Demi Portion, porte-voix d’un rap indépendant qu’il défend sans major, sans label ni publicité. Accompagné de son fidèle beatmaker DJ Rolxx et d’un groupe de quatre musiciens, l’artiste y déroule un hip-hop fidèle à ses valeurs d’origine, nourri de scène et de freestyles. Le rendez-vous est porté conjointement par le Canal 93 et le service culturel de la Ville, qui s’associent pour l’accueillir. De quoi faire vibrer, le temps d’une soirée, l’une des salles de musiques actuelles les plus réputées du département.
Le lendemain, le registre sera tout autre. Le samedi 7 novembre, à 10 h 30, la médiathèque Elsa-Triolet propose sa séance « Bébé bouquine », un moment calme de lecture réservé aux tout-petits. Une fois par mois, l’établissement ménage ainsi une parenthèse paisible pour les plus jeunes enfants et leurs parents. Concert survolté la veille, histoires chuchotées le matin, cortège du souvenir le mercredi : en une poignée de jours, Bobigny déroule tous les visages d’une vie locale qui sait passer, sans se contredire, de la fête au recueillement.