Le préfet du Val-de-Marne et le préfet de la Seine-Saint-Denis ont signé, le 13 août 2026, un arrêté inter-préfectoral ouvrant une enquête publique sur le projet de géothermie porté par la Régie du chauffage urbain de Fontenay-sous-Bois. Référencée sous le numéro AIP 2026.0375, la consultation se tiendra du lundi 21 septembre au jeudi 22 octobre 2026. Elle porte sur deux demandes présentées conjointement par la régie : l’autorisation de recherche d’un gîte géothermique et l’autorisation environnementale d’ouverture de travaux miniers.
Le projet consiste à forer un doublet, c’est-à-dire un puits de production et un puits de réinjection, jusqu’à la nappe du Dogger, située selon la collectivité entre 1 500 et 2 000 mètres de profondeur. L’eau chaude prélevée dans ce réservoir souterrain alimenterait, par l’intermédiaire d’une pompe à chaleur, le réseau de chaleur urbain de la ville. Le périmètre de recherche s’étend sur cinq communes réparties dans deux départements : Fontenay-sous-Bois et Le Perreux-sur-Marne dans le Val-de-Marne, Montreuil, Rosny-sous-Bois et Neuilly-Plaisance en Seine-Saint-Denis. Cette emprise interdépartementale explique le caractère inter-préfectoral de la procédure.
Établissement public communal, la Régie du chauffage urbain exploite un réseau qui dessert aujourd’hui, d’après la municipalité, près de 15 000 équivalents-logements et environ 60 000 habitants à Fontenay-sous-Bois et à Montreuil. Un réseau de chaleur consiste à produire l’eau chaude dans une ou plusieurs centrales, puis à l’acheminer par des canalisations enterrées jusqu’aux immeubles raccordés, ce qui évite d’installer une chaudière dans chaque bâtiment. Le recours à la géothermie s’inscrit dans une stratégie de verdissement du bouquet énergétique : la part d’énergies renouvelables et de récupération, évaluée à 26 % actuellement, doit atteindre 90 % à l’horizon 2030, selon les objectifs affichés par la collectivité.
Une fois en service, le doublet géothermique doit couvrir environ 45 % des besoins thermiques du réseau. La ville avance qu’il permettrait d’éviter le rejet de 31 706 tonnes de dioxyde de carbone par an et de diviser par onze les émissions liées au chauffage urbain. Pour un logement de quatre personnes raccordé au réseau, l’empreinte carbone annuelle passerait, selon la même source, de 2,31 à 0,2 tonne.
La procédure minière avait connu une première étape au printemps. Un avis de mise en concurrence, publié le 19 mars et clos le 18 avril 2026, avait ouvert un délai de trente jours à d’éventuels concurrents pour se manifester sur le même gisement, comme le prévoit la réglementation applicable à la recherche de gîtes géothermiques. Ce délai passé, la régie a pu poursuivre l’instruction de ses demandes, qui aboutit désormais à l’enquête publique de l’automne.
L’aquifère du Dogger, exploité de longue date en Île-de-France, est l’une des principales ressources de géothermie profonde de la région, où il chauffe déjà de nombreux quartiers. Les installations reposent sur ce principe du doublet, qui restitue au sous-sol l’eau refroidie après en avoir prélevé les calories, de manière à préserver la ressource et à maintenir la pression du réservoir.
Les réseaux de chaleur figurent parmi les principaux leviers de la transition énergétique en milieu urbain. Alimentés jusqu’ici pour une large part par le gaz, ils sont progressivement raccordés à des sources locales et renouvelables, comme la géothermie, la biomasse ou la chaleur récupérée sur des sites industriels. Substituer une ressource souterraine au combustible fossile permet à la fois de réduire les émissions et de stabiliser le prix payé par les abonnés, moins exposé aux variations des marchés de l’énergie.
Pendant la durée de l’enquête, le dossier sera mis à la disposition du public, qui pourra en prendre connaissance et consigner ses observations, aussi bien sur un registre papier que par voie électronique. Un commissaire enquêteur, désigné par le tribunal administratif, recueillera les remarques, tiendra des permanences et rendra, au terme de la consultation, un rapport accompagné d’un avis motivé. Le dossier peut également être demandé par voie électronique auprès des services de l’État, à l’adresse pref-environnement@val-de-marne.gouv.fr.
Les conclusions du commissaire enquêteur seront ensuite transmises aux deux préfets, à qui il reviendra de statuer sur les autorisations sollicitées. Le lancement effectif des forages, opérations lourdes et strictement encadrées, dépendra de ces décisions. La régie invite d’ici là les habitants à s’informer sur un projet appelé à transformer, dans le sous-sol, la manière dont sont chauffés plusieurs milliers de logements de l’Est parisien.
Fontenay-sous-Bois : une enquête publique pour la géothermie
Par Assia Bedja
Publié le 17 août 2026 à 14h38 – Temps de lecture : 4 minutes
