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La France mobilise le G7 pour sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques

Engin extrayant du minerai, illustrant les minerais critiques
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 12 juin 2026 à 09h30 – Temps de lecture : 4 minutes

En ce mois de juin 2026, la France a placé la question des minerais critiques au cœur de son action économique internationale. À Paris, le 11 juin, Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a réuni plus d’une centaine de dirigeants d’entreprises autour d’un forum consacré à l’investissement dans ce secteur stratégique. L’objectif affiché était double. Il s’agissait d’accélérer l’engagement des capitaux privés et de sécuriser des chaînes d’approvisionnement jugées fragiles pour l’industrie européenne.

Ce forum s’est tenu dans un cadre particulier, celui de la présidence française du G7. Chaque année, un pays membre assure la coordination de ce groupe qui rassemble les grandes économies avancées, à savoir l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni. La France ayant repris ce rôle, elle en profite pour imprimer sa marque sur les dossiers qu’elle estime prioritaires. Les minerais critiques figurent désormais parmi ces sujets de premier plan, au même titre que l’énergie ou la sécurité économique.

Derrière l’expression technique se cache un enjeu très concret. On désigne par minerais critiques une série de matières premières indispensables à la transition énergétique et aux technologies de pointe. Le lithium, le cobalt, le nickel ou encore les terres rares entrent dans la fabrication des batteries, des éoliennes, des véhicules électriques et de nombreux composants électroniques. Or leur production reste très concentrée dans quelques pays, ce qui expose les industriels occidentaux à des ruptures d’approvisionnement et à de fortes variations de prix. C’est pourquoi la sécurisation de ces ressources est devenue une préoccupation majeure des grandes puissances.

Le forum a rassemblé un public large et représentatif de toute la chaîne. Des dirigeants d’entreprises minières côtoyaient des industriels, des institutions financières, des agences de crédit export et des banques multilatérales de développement. À leurs côtés figuraient des représentants publics issus du G7, mais aussi de pays partenaires comme l’Australie, le Brésil et la Corée du Sud. Cette diversité n’avait rien d’anecdotique. Elle traduisait la volonté d’associer autour d’une même table ceux qui extraient, ceux qui transforment et ceux qui financent.

Les échanges ont porté sur les leviers susceptibles de débloquer les investissements. En effet, les projets miniers se heurtent souvent à une prise de risque élevée et à une rentabilité incertaine tant qu’ils demeurent en phase d’évaluation. Les participants ont donc discuté des moyens de rassurer les financeurs et de partager ce risque. Plusieurs pistes de coopération ont été examinées, notamment le développement de la production, la mise en place de mesures de marché, l’amélioration de la traçabilité, la constitution de stocks stratégiques, ainsi que le recyclage et l’innovation. Autant d’outils qui, combinés, doivent réduire la dépendance envers un nombre restreint de fournisseurs.

À l’issue des travaux, une quarantaine d’acteurs ont franchi une étape supplémentaire. Des entreprises, des institutions financières et des fédérations professionnelles ont signé une déclaration commune. Ce texte appelle à une mobilisation accrue des capitaux privés en faveur de la résilience et de la diversification des chaînes de valeur. Concrètement, les signataires ont exprimé leur volonté de participer davantage au financement de ce secteur, à condition que les conditions d’investissement soient rendues plus lisibles et plus sûres. Une telle démarche donne une portée tangible aux discussions, car elle engage désormais des acteurs privés au-delà des seuls États.

Ce forum ne constituait pas un événement isolé. Il s’est inscrit en marge du sommet du B7, organisé par le MEDEF les 10 et 11 juin, qui réunit les organisations patronales des pays du G7. Ainsi, la voix des entreprises a pu se faire entendre en amont des décisions politiques. Cette articulation entre le monde économique et les gouvernements illustre une méthode. Elle consiste à préparer les orientations publiques en s’appuyant directement sur ceux qui les mettront en œuvre sur le terrain.

Les travaux engagés à Paris ont ensuite trouvé un prolongement au plus haut niveau. Le sommet des chefs d’État et de gouvernement du G7 s’est tenu à Évian, du 15 au 17 juin 2026. Les conclusions du forum sur les minerais critiques y ont nourri les discussions, la France ayant fait de ce dossier l’un des marqueurs de sa présidence. Dès lors, la mobilisation autour de ces ressources dépasse le seul cercle des experts. Elle touche à la capacité des économies avancées à conduire leur transition sans se retrouver à la merci de quelques fournisseurs, un défi qui engage durablement la souveraineté industrielle des pays concernés.