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Le climat des affaires reste dégradé et l’emploi s’assombrit en juin 2026

Par Gilbert Caron
Publié le 23 juin 2026 à 09h21 – Temps de lecture : 4 minutes

En ce mois de juin 2026, l’économie française envoie un signal ambigu. D’un côté, le moral des chefs d’entreprise cesse de reculer. De l’autre, les intentions d’embauche continuent de se dégrader. C’est le constat que dresse l’Institut national de la statistique et des études économiques dans sa dernière note de conjoncture, publiée ce mardi 23 juin. L’indicateur synthétique du climat des affaires, calculé à partir des réponses des dirigeants des principaux secteurs, rebondit très légèrement pour atteindre 94. Il reste toutefois nettement en deçà de sa moyenne de longue période, fixée à 100.

Cet indicateur repose sur des enquêtes menées chaque mois auprès des entreprises, qui livrent leur appréciation de l’activité passée et leurs anticipations. Le chiffre de 100 sert de repère depuis des années. Il correspond au niveau moyen observé sur longue durée, c’est-à-dire à une conjoncture ni euphorique ni déprimée. Dès lors, un indicateur à 94 traduit une confiance des entreprises inférieure à la normale. Le mois précédent, l’indice avait été révisé à 93,3. La hausse de juin apparaît donc modeste, et elle ne suffit pas à sortir l’économie de la zone morose dans laquelle elle évolue depuis plusieurs mois.

Le détail par secteur nuance ce léger mieux. En effet, le rebond d’ensemble tient surtout au commerce. Dans l’ensemble formé du commerce de détail et de la réparation d’automobiles, l’indicateur passe de 89 à 90. Il reste néanmoins bien au-dessous de sa moyenne. Les services, eux, marquent le pas. À 93, l’indicateur qui les synthétise est stable après arrondi, et le climat y demeure dégradé dans tous les sous-secteurs. Or les services concentrent la majeure partie de l’emploi et de la valeur ajoutée en France, ce qui donne à cette stagnation une portée particulière.

Deux secteurs reculent franchement. Dans le bâtiment, l’indicateur perd un point et s’établit à 96, s’éloignant ainsi de sa moyenne de long terme. L’industrie recule davantage. Son indicateur cède deux points et retombe à 100, soit exactement sa moyenne de longue période. Ce repli concerne tous les grands sous-secteurs industriels. Concrètement, les industriels se montrent moins optimistes sur leurs carnets de commandes et sur leurs perspectives de production, deux signaux qui pèsent ensuite sur l’investissement et sur l’activité des sous-traitants.

C’est toutefois sur le front de l’emploi que le tableau s’assombrit le plus nettement. L’indicateur du climat de l’emploi, distinct de celui des affaires, perd de nouveau trois points après arrondi. Il tombe à 89, son niveau le plus bas depuis juin 2013, si l’on met de côté la parenthèse de la crise sanitaire. Cette baisse est la troisième consécutive. Autrement dit, la dégradation ne relève plus d’un accident de parcours, mais bien d’une tendance installée.

Cet indicateur mesure les intentions d’embauche telles que les employeurs les rapportent. Il synthétise leur appréciation des effectifs passés et de ceux qu’ils prévoient. Sa chute est tirée à la baisse par les services, y compris l’intérim. Ce dernier point mérite l’attention, car le travail temporaire fonctionne souvent comme un baromètre avancé du marché de l’emploi. Quand les entreprises réduisent d’abord leurs recours à l’intérim, elles signalent une prudence qui précède généralement un ralentissement des embauches durables.

La divergence entre les deux indicateurs éclaire la situation. Le climat des affaires se stabilise, tandis que le climat de l’emploi continue de glisser. Cela suggère que les entreprises n’anticipent pas de rebond assez solide pour justifier de nouveaux recrutements. Elles préfèrent attendre. Cette prudence pèse d’abord sur les intérimaires et sur les salariés en contrat court, souvent les premiers touchés lorsque l’activité hésite.

Pour les ménages, ces indicateurs ne sont pas de simples abstractions statistiques. Un climat de l’emploi au plus bas depuis plus de dix ans annonce des embauches moins nombreuses et un marché du travail plus tendu pour ceux qui cherchent un poste. Dans les territoires, cette tendance nationale se traduira par des offres plus rares et par une concurrence accrue entre candidats. Les prochaines enquêtes de l’Institut, publiées mois après mois, diront si le léger sursaut du climat des affaires parvient à enrayer la dégradation de l’emploi, ou si la France s’installe dans une phase de croissance atone.