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Le Département rouvre au public la bastide et l’atelier de Cézanne à Aix

Visiteurs admirant des tableaux évoquant la bastide d'un peintre
Par Christof Lorenzo
Publié le 4 juillet 2026 à 09h31 – Temps de lecture : 4 minutes

Aix-en-Provence retrouve deux lieux essentiels de l’histoire de la peinture. Depuis ce samedi 4 juillet et jusqu’au 31 octobre 2026, la bastide du Jas de Bouffan et l’atelier des Lauves accueillent de nouveau les visiteurs. Ces deux sites, intimement liés à la vie et au travail de Paul Cézanne, ont bénéficié d’un vaste chantier de restauration financé par le Département des Bouches-du-Rhône à hauteur de cinq millions d’euros. Le maître aixois retrouve ainsi la place qui lui revient dans sa ville natale.

La bastide du Jas de Bouffan occupe une place centrale dans cette histoire. Cézanne y a vécu pendant quarante ans. Le domaine, avec son jardin de cinq hectares agrémenté de fontaines, a nourri son regard et inspiré plus d’une trentaine d’œuvres. On y retrouve des huiles et des aquarelles, des natures mortes, des paysages et des portraits. C’est entre ces murs qu’il a peint ses célèbres Joueurs de cartes. Cette série compte aujourd’hui parmi les œuvres les plus recherchées de l’histoire de l’art, ce qui donne la mesure de ce qui s’est joué dans ces pièces. Le lieu n’est donc pas un simple décor. Il constitue une matrice où s’est forgé son langage pictural.

Pour accueillir le public dans de bonnes conditions, le projet a considérablement transformé le site. Un centre culturel de six cents mètres carrés voit le jour, accompagné d’un auditorium de deux cents places, d’un salon de thé et d’un espace de restauration. Les façades ont été rénovées et l’atelier du peintre, avec sa verrière caractéristique, a été restitué dans son état d’origine. Ces aménagements permettent désormais d’organiser des rencontres, des projections et des activités de médiation, afin de faire vivre la mémoire de l’artiste au-delà de la seule visite.

L’atelier des Lauves raconte une autre étape de la vie du peintre. Cézanne s’y installe en 1902, après avoir vendu la bastide en 1899. Ce lieu devient son dernier espace de travail jusqu’à sa mort en 1906. C’est là qu’il crée certaines de ses toiles les plus marquantes, notamment sa série de la Montagne Sainte-Victoire et Les Baigneuses. Cette montagne, qu’il observait depuis les hauteurs d’Aix, est ainsi devenue l’un des motifs les plus emblématiques de toute la peinture moderne. Jusqu’ici, plusieurs pièces à vivre restaient fermées au public. Le Département les a réhabilitées, ce qui permet aujourd’hui de découvrir l’intimité quotidienne de l’artiste dans les dernières années de sa création.

Les travaux ne se sont pas limités à la restauration des bâtiments anciens. L’entrée du domaine a été entièrement repensée et sécurisée. Un nouvel espace abrite désormais l’accueil principal, une boutique, un point de restauration et des salles de médiation. Une passerelle végétalisée relie par ailleurs l’atelier à son jardin, afin d’offrir un parcours cohérent et agréable. Ces choix répondent à un double objectif. Il s’agit d’abord de protéger un patrimoine fragile. Il s’agit ensuite de le rendre accessible à un public large, sans dénaturer l’esprit des lieux.

Cet investissement s’inscrit dans une ambition plus large de valorisation du patrimoine provençal. Cézanne demeure une figure majeure de l’art moderne, dont l’influence a marqué des générations de peintres après lui. Les artistes du cubisme, à commencer par Picasso et Braque, ont d’ailleurs reconnu en lui un précurseur décisif. En rouvrant ces deux sites, la collectivité offre aux habitants comme aux visiteurs la possibilité de comprendre concrètement comment un territoire, ses lumières et ses paysages ont nourri une œuvre universelle. La démarche dépasse donc le simple hommage. Elle relie directement l’histoire de l’art à la géographie du pays d’Aix.

Concrètement, cette réouverture arrive au meilleur moment. La période estivale attire de nombreux visiteurs dans la région, et la fréquentation touristique du pays aixois reste soutenue tout l’été. Proposer ces deux lieux jusqu’au 31 octobre permet d’accompagner cette saison et de prolonger la découverte jusqu’à l’automne. Les amateurs de peinture, les familles et les curieux disposent ainsi de plusieurs mois pour parcourir ces espaces restaurés. Pour la ville d’Aix-en-Provence comme pour l’ensemble du département, il s’agit d’un rendez-vous culturel qui conjugue mémoire, transmission et attractivité, au bénéfice direct du territoire et de ses habitants.