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L’État déploie son plan Notre IA dans les services publics

agent des services publics utilisant un outil d'intelligence artificielle au bureau
Par Marc Blanc
Publié le 17 juin 2026 à 10h00 – Temps de lecture : 4 minutes

En dévoilant le plan « Notre IA » ce mardi 16 juin 2026 à Bercy, l’État a posé sa première feuille de route d’ensemble pour l’intelligence artificielle dans les services publics. Devant les agents et les acteurs du numérique français réunis pour l’occasion, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a défendu une trajectoire résumée en trois mots, une IA utile, humaine et souveraine. Derrière ce triptyque se joue un enjeu économique de premier plan, celui de la maîtrise des outils numériques par la puissance publique et de la réduction de ses dépendances technologiques.

Le point de départ du plan est un constat simple. Faute d’outils validés, de nombreux agents utilisent déjà des services d’IA grand public pour rédiger, résumer ou traduire. Cette « IA clandestine » échappe au contrôle de l’administration et fait transiter des données publiques par des plateformes étrangères. Le gouvernement entend donc reprendre la main en fournissant des solutions maîtrisées, plutôt que de laisser s’installer de nouvelles dépendances au cœur des services publics.

La pièce maîtresse du dispositif s’appelle L’Assistant. Cet outil conversationnel a été développé par la direction interministérielle du numérique avec l’entreprise française Mistral AI, sur une infrastructure Outscale certifiée SecNumCloud, le plus haut niveau de qualification de sécurité en France. Après dix mois d’expérimentation auprès de dix mille agents, il est désormais généralisé à l’ensemble de l’État. Les premiers retours font état d’un gain de temps pouvant atteindre 16 % sur les tâches de synthèse documentaire, un ordre de grandeur concret pour des services confrontés à un flux constant de rapports et de notes.

L’Assistant n’avance pas seul. Le plan s’appuie sur toute une gamme d’outils souverains aux usages complémentaires. Transcripts assure la prise de notes et la retranscription automatique de l’audio. DiploIA, mis au point par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, propose une traduction couvrant 64 langues. La visioconférence de l’État, enfin, génère désormais seule les comptes rendus de réunion. Chacun de ces services vise le même but, décharger l’agent des tâches répétitives pour lui rendre du temps.

Le mot souveraineté revient comme un fil conducteur. Il ne s’agit pas seulement d’un principe, mais d’un choix économique et industriel assumé. En s’appuyant sur des acteurs français et européens comme Mistral AI ou Outscale, l’État sécurise ses données sensibles tout en soutenant une filière nationale de l’intelligence artificielle. Ainsi, la commande publique devient un levier de développement pour des entreprises qui, sans ce débouché, peineraient à rivaliser avec les géants américains du secteur.

Pour tenir cette ambition, la gouvernance a été resserrée. Une cellule de l’IA réunit désormais la direction interministérielle de la transformation publique, celle du numérique et la direction générale de l’administration et de la fonction publique. Sa mission est de structurer le pilotage, d’accélérer le passage à l’échelle et de mener le chantier de la réinternalisation des compétences numériques d’ici 2027. Ce dernier point n’est pas anodin. Il traduit la volonté de reconstituer au sein de l’État un savoir-faire longtemps confié à des prestataires extérieurs.

Le volet humain, lui, se joue aussi dans le dialogue social. Dès le 16 juin, David Amiel a annoncé l’ouverture d’une négociation en vue d’un accord-cadre sur l’usage de l’IA dans la fonction publique. Conduite par la direction générale de l’administration et de la fonction publique avec les organisations syndicales et les employeurs des trois versants publics, cette discussion a débuté le 18 juin. Elle couvre six thèmes, des principes fondamentaux à la formation des agents, en passant par la transparence, la gouvernance et l’accompagnement des transformations. Une deuxième réunion est prévue le 10 juillet.

Cet accord doit poser une ligne claire. L’IA a vocation à réduire les tâches répétitives et à assister l’agent, jamais à se substituer à son jugement, en particulier lorsqu’une décision engage un usager. Les organisations syndicales portent d’ailleurs plusieurs demandes de renforcement, sur la protection des agents, l’encadrement des usages ou encore la soutenabilité environnementale du numérique.

Au bout du compte, le plan « Notre IA » dessine un pari économique autant que technologique. En équipant les services publics d’outils de confiance, l’État cherche à gagner en efficacité sans céder sur la maîtrise de ses données ni sur son indépendance industrielle. Reste à transformer l’essai sur le terrain, dans les administrations où ces outils devront prouver, au quotidien, qu’ils rendent bien le temps qu’ils promettent.