La mer avance, et les restaurateurs doivent reculer. À Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes, quatre établissements de bord de mer viennent de recevoir un courrier brutal de la préfecture. Le message est clair : ils doivent cesser toute activité commerciale, démonter leurs installations et quitter les lieux d’ici octobre 2026. En cause : le nouveau tracé du domaine public maritime, redessiné à cause de l’érosion côtière. Un véritable coup de massue en pleine saison estivale.
Le préfet des Alpes-Maritimes a envoyé cette lettre aux restaurateurs concernés en début de saison. Le courrier précise que leur occupation du domaine public maritime constitue désormais une infraction. Par conséquent, elle ne peut plus donner lieu au maintien d’un fonds de commerce. Les exploitants disposent donc de seulement quatre mois pour tout évacuer, à leurs propres frais et sans aucune indemnisation.
Cette décision provoque une colère immense chez les restaurateurs. Morad Bouzaiane, gérant du 716 Beach et du Raani, exprime son incompréhension. Il dénonce l’ampleur de l’investissement englouti dans ses établissements. On lui demande de rendre les clés et de vider ses locaux par ses propres moyens. Aucune compensation financière n’accompagne cette décision. Pour cet exploitant, la situation relève purement et simplement du racket.
Au total, quatre restaurants doivent subir une destruction complète. D’autres établissements voisins doivent également retirer leurs terrasses. Le problème dépasse en réalité les seuls restaurateurs. Un parking public en bord de plage se trouve lui aussi dans la zone concernée. Le maire LR de Villeneuve-Loubet, Lionnel Luca, ne dispose que de trois mois pour libérer cet espace municipal.
L’élu conteste vigoureusement le calendrier imposé par l’État. Selon lui, personne ne remet en question le fond du problème. L’érosion du littoral constitue en effet une réalité indiscutable. La mer a grignoté environ 30 mètres de plage au cours des 40 dernières années. Certaines études du Cerema estiment même le recul à 40 centimètres par an à certains endroits. Toutefois, Lionnel Luca juge les modalités totalement absurdes. Il réclame un délai de cinq à dix ans pour organiser une transition progressive. Au lieu de cela, l’État ordonne un départ immédiat.
Le propriétaire du terrain, Jacques Teboul, partage cette indignation. Il brandit son acte notarié pour rappeler que ce terrain appartient à sa famille depuis 70 ans. Les bâtiments ont tous été construits légalement sur une propriété privée. Cependant, le nouveau tracé du littoral place désormais ces parcelles dans le domaine maritime de l’État. Le propriétaire perd ainsi ses biens sans véritable procédure d’expropriation. Il dénonce par conséquent une expropriation déguisée, sans les garanties ni les indemnités qui accompagnent normalement une telle procédure.
Cette situation illustre un phénomène qui touche l’ensemble du littoral français. Selon les dernières études, environ 20 % des côtes du pays reculent actuellement sous l’effet de la montée des eaux. Le réchauffement climatique accélère cette érosion naturelle. Sur la Côte d’Azur, la bande côtière entre la mer et les rails de la SNCF se réduit progressivement à Villeneuve-Loubet. À terme, la ligne ferroviaire et la route départementale pourraient elles aussi se retrouver menacées.
Le dernier tracé du littoral dans ce secteur datait en effet des années 1970. Depuis cette époque, la mer a considérablement avancé. L’État a donc décidé de redessiner les limites du domaine public maritime pour tenir compte de cette réalité. Cette mise à jour transforme automatiquement des terrains autrefois privés en domaine public. Les propriétaires et exploitants perdent ainsi leurs droits du jour au lendemain.
Pour les restaurateurs, le timing aggrave encore le sentiment d’injustice. Recevoir un tel courrier au début de l’été, alors que la saison touristique bat son plein, revient à anéantir leur activité au pire moment possible. Ces établissements emploient du personnel saisonnier et génèrent une part importante de leur chiffre d’affaires annuel entre juin et septembre.
La bataille juridique ne fait que commencer. Les restaurateurs et le propriétaire du terrain envisagent des recours contre la décision préfectorale. Ils contestent notamment l’absence d’indemnisation et la brutalité du calendrier imposé. Cette affaire pourrait créer un précédent pour de nombreuses communes littorales françaises confrontées au même phénomène d’érosion côtière.

