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La cochenille tortue du pin sous surveillance renforcée dans l’Estérel

Pins méditerranéens surveillés face à la cochenille tortue du pin
Par Jonathan Caron
Publié le 5 novembre 2026 à 09h13 – Temps de lecture : 4 minutes

Les pins parasols et les pins maritimes dessinent depuis toujours les paysages de l’Estérel et du littoral varois. C’est précisément ce patrimoine que menace aujourd’hui la cochenille tortue du pin, un insecte ravageur venu d’Amérique du Nord qui progresse rapidement sur la côte méditerranéenne. Pour organiser la riposte, Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël et président d’Estérel Côte d’Azur Agglomération, a présidé ce mardi 3 novembre 2026 un comité de pilotage consacré au bilan des actions menées en 2026 et aux orientations retenues pour 2027.

La réunion a rassemblé un tour de table à la mesure de l’enjeu. Les maires des communes de l’Agglomération y siégeaient aux côtés de la secrétaire générale de la sous-préfecture de Draguignan et d’un représentant du président du Département du Var. Les partenaires scientifiques et techniques étaient également présents, parmi lesquels la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de PACA, l’organisme sanitaire FREDON PACA, le Conservatoire du littoral, ainsi que des experts français et italiens, l’Italie ayant été confrontée avant la France aux ravages de cet insecte, notamment sur les pins parasols de Rome et de Naples.

Derrière son nom presque anodin, la cochenille tortue du pin, de son nom scientifique Toumeyella parvicornis, représente une menace sérieuse. Signalé pour la première fois dans le Var en septembre 2021, cet insecte se nourrit de la sève des arbres qu’il colonise. Les pins affaiblis se couvrent d’un miellat collant sur lequel se développe un champignon noir, la fumagine, qui entrave la photosynthèse et peut conduire au dépérissement complet du sujet en quelques années. Le phénomène dépasse la seule question paysagère, car un arbre mort en zone urbaine ou en lisière de forêt devient un risque pour la sécurité des habitants comme pour la prévention des incendies.

Sur le territoire de l’Agglomération, la situation justifie une vigilance de tous les instants. Quatre des cinq communes membres sont désormais classées en zone infestée, tandis que Les Adrets-de-l’Estérel se situent en zone tampon, ce statut d’alerte qui impose une surveillance accrue pour retarder l’arrivée du ravageur. Face à cette progression, l’intercommunalité a fait le choix d’une stratégie collective et coordonnée avec ses communes membres plutôt que d’interventions dispersées.

Le bilan présenté lors du comité de pilotage témoigne d’une montée en puissance rapide. Depuis septembre 2026, la lutte contre la cochenille tortue du pin est intégrée à la politique intercommunale de lutte contre les nuisibles. À ce jour, 766 pins publics ont été traités par pulvérisation ou par endothérapie, une technique d’injection directe dans le tronc qui diffuse le produit par la sève sans dispersion dans l’environnement. L’effort financier atteint 67 011 euros consacrés aux traitements des arbres. Un dispositif de surveillance et de cartographie permet par ailleurs d’identifier les foyers d’infestation et d’ajuster les interventions, pendant que des expérimentations scientifiques évaluent l’efficacité comparée des différentes techniques. La formation n’est pas oubliée, puisque trente agents communaux et intercommunaux seront formés par FREDON PACA les 24 et 25 novembre 2026.

L’année 2027 doit marquer une intensification de cette mobilisation. Le comité de pilotage a retenu parmi ses priorités le renforcement des traitements et de la surveillance, la formation des professionnels de l’arbre et le développement de nouveaux partenariats. Les particuliers, dont les jardins abritent une part importante des pins du territoire, feront l’objet d’un accompagnement spécifique. L’Agglomération négocie des tarifs de traitement préférentiels et expérimentera un service de broyage à domicile des branches infestées, afin d’éviter que le transport de végétaux contaminés ne dissémine l’insecte vers des secteurs encore épargnés.

La réussite de cette stratégie repose enfin sur la participation de chacun. Les habitants sont invités à signaler tout pin présentant des signes d’infestation, comme un feuillage qui noircit ou des amas blanchâtres sur les branches, grâce au formulaire de signalement en ligne mis à disposition par l’Agglomération. Chaque signalement alimente la cartographie des foyers et permet d’intervenir avant que la contamination ne s’étende.

En fédérant communes, services de l’État, scientifiques et habitants autour d’un même objectif, Estérel Côte d’Azur Agglomération entend préserver ce qui fait l’identité même de ses paysages. Pour les 118 000 habitants du territoire, la silhouette des pins parasols sur les roches rouges de l’Estérel n’est pas un simple décor, elle constitue un cadre de vie et un capital naturel que la collectivité veut transmettre intact.